1.
Le 11 septembre

 2.5.
Jour 5
le 15 septembre

 2.6.1.
Jour 6: 16/9
Les animaux s'envolent

 2.6.3.
Jour 6: 16/9
Rabbi Sudak
Episode 3

 2.7.
Et après

 3.
Une aventure
humaine


 

Roxanne Loper a entendu frapper à sa porte et quand elle l’a ouverte, elle s'est retrouvée face à Pat et Frank Fletcher, qui étaient venus les chercher avec un van. Ils étaient partis de Steuben, dans le Maine, ce matin-là pour faire traverser la frontière aux Lopers et Saaristas. Roxanne se sentait coupable parce que les Fletcher avaient écourté leurs vacances pour les aider.

Ils arrivèrent à St Stephen, leur dernière étape canadienne, afin de traverser la frontière vers les États-Unis via un pont sur la rivière Sainte-Croix vers une tout aussi petite ville américaine, appelée Calais. Ils ont roulé un peu plus d’une heure pour arriver à St Stephen puis il a fallu prendre son mal en patience, car il y avait une file de voitures sur plus de deux cents mètres, attendant pour franchir la frontière. Pour Roxanne et Clark, passer la frontière était important pour deux raisons. Premièrement, même si c’était plutôt symbolique, cela signifiait qu’ils rentraient chez eux. Les attaques contre l’Amérique les avaient rendus anxieux de se retrouver à l’intérieur des frontières des États-Unis. Mais au cours des derniers jours, ils avaient remarqué des Canadiens portant des drapeaux américains en berne en l’honneur des morts des attentats. Ils croyaient maintenant que la meilleure façon de montrer leur soutien à leur propre pays était d’en être fiers.

La deuxième raison pour laquelle la frontière était importante était Alexandria. Dès que leur petite fille adoptive a posé le pied aux États-Unis, elle est devenue juridiquement Américaine c’est-à-dire qu’elle était immédiatement une résidente permanente légitime et citoyenne des États-Unis.

Vu que la file de voitures se déplaçait lentement vers le point de contrôle, Clark a décidé de marcher avec Alexandria sur le pont vers les États-Unis. Voulant capturer le moment symbolique, il a crié pour que Roxanne prenne leur caméscope. À mi-chemin de la rivière Sainte-Croix, il a trouvé une ligne marquant la frontière. Clark a abaissé Alexandria de sorte que l’un de ses pieds soit du côté canadien de la ligne et l’autre du côté américain. Il a dit à Alexandria de faire signe à Roxanne.

Roxane a déclaré:

« Alex est devenue une citoyenne suite à un parcours du combattant. Elle a dû marcher, prendre des bateaux, voler en avion, rouler en voiture au moment où son nouveau pays était attaqué. »

 

Du côté américain de la rivière, Clark a remis une grande enveloppe aux agents d’immigration. L’enveloppe scellée leur avait été remise à l’ambassade des États-Unis à Moscou et contenait tous les documents d’Alexandria. Au moment où son dossier a été traité, les autres traversaient la frontière avec la voiture. De là, les Fletcher les ont conduits à Bangor, dans le Maine, la ville la plus proche où il y avait une agence de location de voitures ouverte un dimanche. Les Loper ont loué une voiture, les Saarista une fourgonnette. Et une fois les deux familles prêtes, les Fletcher leur ont souhaité bonne chance et sont retournés aux vacances qu’ils avaient interrompues pour les transporter aux États-Unis.

Comme ils se dirigeaient dans la même direction, les deux couples se sont suivis sur l’Interstate 95. En traversant Boston, Roxanne a sorti son appareil photo et a photographié les panneaux pour l’Aéroport International Logan de Boston. Ils se rappelèrent que les deux avions qui avaient frappé le World Trade Center avaient décollé de l’Aéroport Logan. Leur retour à la maison s’était transformé en une visite involontaire des sites impliqués dans les attaques terroristes.

En prenant le volant à tour de rôle, ils ont roulé toute la nuit, et alors qu’ils approchaient de New York, ils ont subi une série de déviations ayant pour but d’éloigner les gens de l’endroit de l’attentat où un effort de sauvetage massif était toujours en cours ce lundi matin. Ils ont atteint Washington, D.C., tard lundi matin, et se sont arrêtés cette nuit-là au Tennessee. Une longue journée de conduite de plus et ils seraient à la maison.

***

Mais la dernière étape du long voyage de retour de Clark et Roxanne Loper et de leur fille adoptive Alexandria n’a pas été sans problèmes. Après qu’ils se soient arrêtés au Tennessee lundi soir, la grippe de Roxanne avait progressé au point où elle avait du mal à respirer. Infirmière pédiatrique de profession, elle savait qu’elle devait consulter un médecin. Tôt mardi matin, elle s’est rendue aux urgences de l’hôpital local, où les médecins lui ont dit ce qu’elle craignait déjà: sa grippe s’était transformée en pneumonie.

Mais Roxanne ne voulait pas s’arrêter. Ils étaient si près de chez eux à Alto, au Texas. Elle voulait simplement y aller et que tout ce voyage soit terminé. Sa maison avec le toit en tôle brune lui manquait tellement. Comme ses chevaux, ses poulets et ses chiens. Et ses parents. Elle voulait être seule avec son mari et dormir dans son propre lit. Et surtout, cela lui manquait tellement de prendre dans ses bras son autre fille, Samantha, qu’ils avaient adoptée un an plus tôt.

Au lieu d’admettre Roxanne à l’hôpital, les médecins l’ont bourrée d’antibiotiques et l’ont laissée partir. Mercredi, les Lopers sont entrés au Texas. Leur premier arrêt a été la maison des parents de Clark à Tyler. Une bannière célébrant leur retour les a accueillis à leur arrivée. La mère de Roxanne y est arrivée trente minutes plus tard avec Samantha. L’enfant de deux ans avait tellement grandi depuis qu’ils étaient partis que Roxanne a commencé à pleurer. Bien que les parents étaient impatients d’entendre le récit de leur aventure, Roxanne voulait partir. Ils auraient tout le temps plus tard. Elle voulait être chez elle. Depuis qu’ils avaient récupéré Alexandria au Kazakhstan, ils avaient parcouru près de 13.000 km en avion, en ferry et en voiture, et maintenant la seule chose qui les séparait de chez eux était un trajet de 85 km sur la route 69 des États-Unis, de Tyler à Alto. Ils ont dévalé ce dernier morceau de route, et à chaque kilomètre parcouru, l’esprit de Roxanne s’allégeait. Ils se sont arrêtés dans l’allée. Tout était calme et paisible, et ils étaient tous ensemble, sains et saufs, une nouvelle famille, une famille complète. En passant par l’entrée, Roxanne a dit la seule chose qui avait du sens à ce moment-là, cinq mots qu’elle avait attendus plus d’une semaine pour dire :

« Nous sommes à la maison. »