4.
1866 - «The Black Crook», première création américaine

 5.12.
Irving Berlin (II)

 5.13.A.
Le Jazz

 5.13.C.
La France
des «Années Folles»

 5.14.
Cole Porter (I)

 6.
1927 - «Show Boat»

B) Plein d’histoires de «Cendrillon», à la scène et à la vie

B.1) Irene (1919 - 675 représentations)

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Irene (1919)

Presque chaque culture possède sa propre variation du mythe de Cendrillon, l'histoire d'une pauvre fille qui finit par épouser un prince. Le premier grand succès musical d'après-guerre a été Irene () (1919, 675 représentations), l'histoire d'une fille d’un magasin de Manhattan qui devient un modèle de haute couture et gagne l'amour d'un beau millionnaire de Long Island. Le problème est que le millionnaire doit aussi convaincre la mère d'Irène, qui se méfie de la richesse. La partition du compositeur Harry Tierney et du parolier Joseph McCarthy offrait un mélange rassurant de rythmes d'avant-guerre, y compris la valse à succès Alice Blue Gown, dans laquelle Irene se souvient d'une des robes préférées de son enfance.

Irene () est devenu le musical avec la plus longue série de représentations à Broadway à ce moment-là, brisant le record de A Trip to Chinatown (), vieux de 28 ans.

Edith Day (1896-1971) a joué le rôle-titre. Quand Irene () a été créée à Londres, avec là aussi un très gros succès, elle est partie avec le show et est restée en Europe pour devenir l'une des stars principales de la scène musicale britannique.

B.2) Sally (1920 - 570 représentations)

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Marilyn Miller dans «Sally»

Marilyn Miller (1898-1936) était une petite danseuse blonde qui a joué dans des Revues à Broadway dont deux éditions des Follies. Florenz Ziegfeld et Miller ont eu une aventure. Bien qu’il avait refusé de quitter sa femme pour Marilyn Miller, Ziegfeld a été bouleversé quand elle a épousé le chanteur des Follies, Frank Carter. Quand Carter mourut dans un accident de voiture, Ziegfeld envoya Miller en vacances en Europe. C'est à ce moment que les décès d'Olive Thomas et Anna Daly ont empêché Ziegfeld de prendre tout risque avec son image, faisant peser les pires soupçons sur lui. Une façon de contrer toute cette publicité serait de présenter un succès sain… Et quoi de plus sain qu'une histoire de Cendrillon?

Ziegfeld a approché l'ancienne équipe du Princess Theatre (), le célèbre trio Bolton-Wodehouse-Kern, qui a proposé l’histoire d'une pauvre lavandière qui gagnait l'amour d'un beau millionnaire de Long Island tout en traçant son chemin vers la célébrité dans (où d'autre bien sûr?) les Ziegfeld Follies. Mais Wodehouse avait d'autres engagements et Clifford Grey (1887-1941) s'est chargé de l'écriture. Sally (1920, 570 représentations) () avait en tête d’affiche Leon Errol comme Connie, le déchu "Duc du Czechogovinio," qui travaille comme serveur dans le même restaurant que Sally, jouée Marilynn Miller. Connie est invité à une fête à la maison du millionnaire, et apporte avec lui Sally, la faisant passer pour une danseuse, "Madame Nookerova."

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Sally (1920)

Ce spectacle comprenait les chansons Wild Rose et Look for the Silver Lining. Mais l'attraction principale du show était Marilynn Miller. Elle a joué Sally () à Broadway puis en tournée pendant trois ans. La recette totale dépassa les 5 millions de dollars. Miller a répété sa performance dans une version cinématographique tournée en 1929. La technologie du son en était encore à ses débuts en ce n’était pas en faveur de Marilynn. Son jeu était limité, et son chant semblait amateur, mais quand elle dansait, l'écran explosait de vie, en particulier dans les quelques minutes survivantes en couleur de Wild Rose. Combinant des styles de danse aussi différents que le ballet, la danse de bal de jazz, Miller a donné une idée de ce qui l'a rendue si populaire.

Pendant les représentations de Sally (), Ziegfeld a repris son entreprise de séduction de Miller. Elle a déclaré à la presse qu'elle devait enfermer Ziegfeld hors de sa loge, et a publiquement affirmé qu'il l'aurait épousé dans la minute si Billie Burke (la femme de Ziegfeld à l’époque) n'avait pas «brandi leur enfant comme Cohan agite le drapeau américain.» Dans un geste téméraire, Miller épousa Jack Pickford, le mari que beaucoup blâmaient pour la mort d'Olive Thomas.

B.3) Mary (1920 - 220 représentations)

George M. Cohan a aussi voulu produire sa Cendrillon. Ce fut le succès intitulé Mary () (1920, 220 représentations).

B.4) Sally, Irene and Mary (1922 - 313 représentations)

Lee et Jacob Shubert, qui n'ont jamais hésité à s'approprier de bonnes idées, ont créé «quelque chose» qui portait le titre de Sally, Irene and Mary () (1922, 313 représentations). Démoli par les critiques pour être inspiré – comme son titre l'indique – ce spectacle a pourtant été rentable…

B.5) Sunny (1925 - 517 représentations)

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Sunny (1925)

Marilynn Miller est ensuite partie travailler pour le producteur Charles Dillingham.

Dans Sunny () (1925, 517 représentations), elle a joué une cavalière à cru se produisant dans un cirque et amoureuse d’un millionnaire américain. Lui souhaitant bon voyage sur un paquebot, elle se retrouve involontairement comme passager clandestin sur ce même paquebot.

Pour éviter d'être arrêtée, elle est forcée d'épouser son meilleur ami. Tout rentre dans l’ordre après une chasse au renard (et oui ?!?).

La partition de Jerome Kern comprend le mélancolique Who? avec des paroles coécrites par Otto Harbach et le nouveau venu Oscar Hammerstein II (1895-1960).

Les coûts de production de Sunny () étaient si élevés que Dillingham n'a fait que peu de bénéfices. Marilynn Miller, qui ne perdait jamais le nord a signé un nouveau contrat avec Ziegfeld, qui lui a donné le rôle principal d’une comédie musicale inspirée par la Reine Marie de Roumanie.

B.6) Rosalie (1928 - 327 représentations)

Dans Rosalie () (1928, 327 représentations), Miller joue la princesse de Romanza, qui tombe amoureuse d'un cadet de West Point. En fin de compte, son père royal (Frank Morgan) abdique pour que sa fille puisse épouser son roturier américain, ce qui en fait un scénario inversé de Cendrillon. De toute façon, le public adorait tout ce qui mettait en vedette Marilynn Miller. Dans la critique d'Alexander Woollcott, il décrit l'entrée en scène de Miller au New Amsterdam Theatre: «There comes a time once in every two or three years when the vast stage of that playhouse begins to show signs of a deep and familiar agitation. Down in the orchestra pit the violins chitter with excitement and the brasses blare. The spotlight turns white with expectation. Fifty beautiful girls in simple peasant costumes of satin and chiffon rush pell-mell onto the stage, all squealing simple peasant outcries of “Here she comes!” Fifty hussars in fatigue uniforms of ivory white and tomato bisque march on in columns of four and kneel to express an emotion too strong for words. The lights swing to the gateway at the back and settle there. The house holds its breath, and on walks Marilynn Miller

  Création  Deux mois après Funny Face, dont le succès est moindre qu’espéré, Ziegfeld décide de produire un nouveau musical, Rosalie () (du nom de sa mère). Il a embauché son auteur préféré William Anthony McGuire pour rédiger le livret. McGuire a basé son histoire sur des faits réels: le tour du monde accompli par la reine Marie de Roumanie, la princesse Ileana et le prince Nicolas, s'arrêtant à West Point, mais aussi sur l’exploit du vol transatlantique de Charles Lindbergh.

Le compositeur choisi par Ziegfeld est Sigmund Romberg. Mais ce dernier, en fonction des délais très courts imposés par le production, prévient qu’il ne parviendra pas à livrer toutes les chansons s’il reste le seul compositeur… Rien n’impressionnant Ziegfeld, ce dernier contacte le jeune George Gershwin qui accepte car, selon ses dires, «j’admire tellement Marilynn Miller et Jack Donahue que j’aimerais tant composer pour eux».

Mais Gershwin est déjà sur un autre projet qui se décale et il va devoir revenir sur sa promesse. Ziegfeld va être direct et convainquant en lui envoyant un télégramme très clair:

«Après ta promesse et vu les circonstances, Georges, ne penses-tu pas que tu pourrais composer trois ou quatre chanson pour le musical avec Marilyn Miller et Jack Donahue, que nous pourrions spécialement annoncer. Marilyn est si impatiente d’avoir une musique de toi à chanter et à danser, comme tu m’avais promis de le faire.»

Télégramme de Ziegfeld à George Gershwin


Gershwin a accepté de participer au spectacle.

Loin des trois ou quatre chansons demandées par Ziegfeld, George et Ira Gershwin en ont préparé au moins 17 et peut-être 3 ou 4 autres de plus – pas toutes utilisées, naturellement. Pour au moins huit d’entre elles, Gershwin a retravaillé des airs antérieurs, remontant jusqu’à When the Mites Go By (paroles, Clifford Grey) d’un musical non produit, Flying Island (1922), pour devenir le chœur When Cadets Parade; et Wait a Bit, Susie de Primrose (1924), avec de nouvelles paroles pour une chanson pour Dick et Rosalie, Beautiful Gypsy. Il a aussi recyclé ou adapté des chansons de Lady, Be Good! (The Man I Love), Oh, Kay! (Show Me the Town) et Strike Up the Band (Yankee Doodle Rhythm), ainsi que quatre chansons initialement destinées à Funny Face: Dance Alone with You (devenant Ev’rybody Knows I Love Someone), When the Right One Comes Along (devenant Say So!), How long has this been going on? et Setting-Up Exercices.

George Gershwin et Romberg n’ont co-composé que sur une seule chanson, Under the Furlough Moon. Par contre, Ira Gershwin et Wodehouse ont co-écrit de nombreuses paroles de chansons.

  Création  Lors des try-out à Boston au Colonial Theater, le 8 décembre 1927, Ziegfeld annonçait au public présent d’être «judicieux avec vos applaudissements car ils nous permettront de mieux savoir ce qu’il s’agit de couper avant d’arriver à Broadway». Mais le public a applaudi toutes les chansons avec enthousiasme. Une demi-heure de spectacle sera cependant supprimée.

  Création à Broadway  Le musical a été créé à Broadway au New Amsterdam Theatre le 10 janvier 1928 et s’est joué durant 335 représentations. Mise en scène par William Anthony McGuire, la distribution met en vedette Marilynn Miller dans le rôle de la Princesse Rosalie, Frank Morgan dans celui de son père, le Roi Cyril, Bobbe Arnst (Mary), Margaret Dale (la Reine) et Jack Donahue. Le scénographe, Joseph Urban, et le costumier, John Harkrider, «ont conçu des tableaux de scène élaborés allant d’une place publique... à une salle de bal de West Point ou à une discothèque parisienneMichel Fokine chorégraphie le ballet du deuxième acte où il dispose d’un chœur de ballet de 64 danseurs!!!

La presse est enthousiaste même si certains sont un peu ironiques comme Alexander Woolcott dans World: «There comes a time once in every two or three years when the vast stage of that playhouse [the New Amsterdam] begins to show signs of a deep and familiar agitation. Down in the orchestra pit the violins chitter with excitement and the brasses blare. The spotlights turn white with expectation. Fifty beautiful girls in simple peasant costumes of satin and chiffon rush pellmell onto the stage, all squealing simple peasant outcries of “Here she comes!” Fifty hussars in a fatigue uniform of ivory white and tomato bisque march on in column [s/c] of fours and kneel to express an emotion too strong for words. The lights swing to the gateway at the back and settle there. The house holds its breath. And on walks Marilyn Miller.»

  Autres productions Malgré son succès originel, le musical Rosalie, à l'exception de quelques représentations dans de petites compagnies, n'a jamais été jouée à nouveau.

  Adaptation au cinéma En 1930, la MGM a approché Wodehouse pour adapter Rosalie au cinéma pour le réalisateur Marion Davies, mais le projet est finalement abandonné, en partie à cause de l’intérêt déclinant pour les musicals, mais aussi peut-être à cause de l’indifférence de Davies pour l’œuvre.

En 1936, après que les films musicaux soient revenus à la mode, le studio a de nouveau souscrit aux services de Wodehouse pour préparer une adaptation cinématographique. Le premier auteur, William Anthony McGuire, maintenant producteur du film, finira par réécrire lui-même le scénario. La MGM a commandé une nouvelle partition à Cole Porter, ce qui semble totalement inexplicable: mettre des chansons de Gershwin à la poubelle!

Réalisé par W.S. Van Dyke, Rosalie (1937) met en vedette Nelson Eddy et Eleanor Powell avec Frank Morgan (recréant son rôle de Broadway), et Ray Bolger dans le rôle de Donahue. L’histoire est restée très proche de la version de Broadway, reprenant même une partie du dialogue original.