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L'événement culturel de l'été à Bruxelles!    

My Fair Lady

de Lerner & Loewe

Mise en scène: Jack Cooper et Simon Paco - Une coproduction de Bulles Production, Cooper Production et La Comédie de Bruxelles - 25 représentations ▪ du 11 juillet au 7 septembre 2019

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Presse - Article complet


Epoustouflante Marina Pangos


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On aura vécu pour voir se mélanger Karl Marx et Audrey Hepburn, mais aussi Bourdieu et Walt Disney.
Si si! Vous êtes sceptiques? Foncez au Château du Karreveld découvrir My Fair Lady, comédie musicale américaine adaptée en français au festival Bruxellons!, et vous verrez: Marx pour la plongée dans le prolétariat londonien; Audrey Hepburn pour la classe intersidérale de la comédienne principale; Bourdieu pour l’importance du capital culturel dans la distinction des classes; et enfin, Walt Disney, parce qu’on reste tout de même dans le registre du conte de fées avec robes de princesses et parenthèses (en)chantées.

Mise en scène par Jack Cooper et Simon Paco, My Fair Lady est tout cela à la fois, mais c’est aussi un fameux exploit qui revisite, sans imiter, une pièce que l’on pensait connaître par cœur, depuis le texte d’origine, Pygmalion , de George Bernard Shaw, jusqu’à la comédie musicale qu’en dégurgita Broadway, en passant par ses versions cinématographiques. En plein air, sous le ciel capricieux de Bruxelles, c’est une vision inédite qui se déploie dans le décor ingénieux de Francesco Deleo : un même espace dont certaines parois pivotent pour suggérer, tantôt la vie miséreuse autour de Covent Garden, tantôt l’intérieur cossu du Professeur Higgins, tantôt les allées des prestigieuses courses hippiques d’Ascot, tantôt les salons dorés du bal de l’ambassadeur. Construite sur deux niveaux, la scénographie annonce d’emblée sa portée symbolique puisque, dès les premières minutes, la haute société, en redingote et chapeaux à plumes, évolue au premier étage, toisant le peuple, en guenilles pour certains, relégué sur le plancher des vaches. Efficace parabole pour résumer cette fable sociale qui, sous ses allures de comédie, ausculte la société de classes qu’était, et reste encore aujourd’hui, l’Angleterre.

A travers l’histoire d’Eliza Doolittle, jeune vendeuse de fleurs qui fait l’objet d’un pari cruel, c’est un certain racisme social que dénonce George Bernard Shaw. En effet, spécialiste en phonétique, le professeur Higgins se targue de pouvoir transformer la petite bouquetière aux manières vulgaires en véritable duchesse, reine des cercles aristocrates. Parce que, dans l’Angleterre du début du 20e siècle, on pouvait coller une identité sociale à quelqu’un rien qu’en l’entendant prononcer telle ou telle voyelle, Higgins va harceler la jeune Eliza jusqu’à transformer son phrasé, poursuivant la métamorphose jusque dans son maintien et sa garde-robe. Cette intrigue pourrait d’ailleurs s’avérer méchamment sexiste – le très misogyne Higgins usant d’Eliza comme d’une « chose » – si la pièce ne laissait place, dans la deuxième partie, à la revanche de cette jeune fille bien déterminée à trouver, seule, le chemin de la liberté. Absolument époustouflante, Marina Pangos porte ce personnage avec un charisme fou. Non seulement sa métamorphose est spectaculaire, depuis la gouailleuse fille des rues jusqu’à la « lady » au port altier, mais son travail sur les accents évite tous les écueils. Elle aurait pu sombrer dans une imitation locale du brusseleir ou une variation facile du ch’ti mais elle façonne plutôt une intonation bien à elle, mélange de mille influences, mais créé de toutes pièces.

Emporté par son jeu haut en couleur, le public pulse en rythme avec ce « musical » pétaradant. Franck Vincent affiche une arrogance sulfureuse dans le rôle de l’intraitable Higgins, les costumes se la jouent hollywoodiens (mention spéciale aux extravagants chapeaux d’Ascot) et l’orchestre, pimpant, rehausse ce tableau si « joâli », comme dirait my fair lady.

Catherine Makereel - Le Soir - 7 août 2019

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