Kinky Boots
De Cyndi Lauper et Harvey Fierstein
Un musical feel-good à l'énergie rayonnante…
Kinky Boots est un musical pop, joyeux et résolument feel-good, qui célèbre la différence, la solidarité et l’audace d’être soi-même. Inspiré d’une histoire vraie, le spectacle mêle énergie flamboyante, humour et émotion, porté par une musique explosive signée Cyndi Lauper.
À la mort de son père, Charlie Price hérite d’une usine de chaussures anglaise au bord de la faillite. Une rencontre inattendue avec Lola, artiste drag charismatique, va tout changer et lui permettre de sauver l’entreprise.
Ensemble, ils décident de fabriquer des bottes extravagantes destinées aux performeurs en talons hauts… les fameuses kinky boots.
Alternant numéros pop irrésistibles, ballades sincères et scènes collectives spectaculaires, Kinky Boots est un hymne à la tolérance et à la bienveillance, qui vous fera rire et vous donnera une irrésistible envie de danser.
© Photo: Laure Geerts
© Photo: Laure Geerts

Critique - Cette production chez Bruxellons ! capture tout ce qui fait que Kinky Boots est si aimé dans le monde entier : une musique pop et réconfortante, de l’humour, de l’émotion, des scènes d’ensemble spectaculaires, et une histoire très, très queer, célébrant l’acceptation de soi et l’acceptation des autres tels qu’ils sont.
Vincent Eden enflamme la scène dans le rôle de Lola. (…) À ses côtés, Loïc Suberville est d’une solidité comme le roc dans le rôle de Charlie. (…) Un immense bravo à l’ensemble de la troupe, qui porte chaque numéro collectif avec une énergie explosive et un travail d’une remarquable précision.
Soyons honnêtes : si vous ne venez pas voir Kinky Boots au Festival Bruxellons ! avant le 2 septembre, votre été est pratiquement gâché.
Leon Gabriel - Ket Mag Queer Magazine - 10 juillet 2026
Critique - Vincent Heden, dans le rôle de Lola, m'a littéralement ébloui. Quel charisme ! Quelle énergie constante, quelle précision, quelle concentration ! Aucun geste, aucun regard, aucune posture, aucune note ne semble jamais sortir du personnage. Il offre à Lola tout ce qu'elle exige : le spectaculaire, la maîtrise, l'exubérance et une profonde sincérité. Une magnifique découverte et une prestation qui, à elle seule, élève instantanément le spectacle à un niveau supérieur.
Loïc Suberville, dans le rôle de Charlie, constitue le parfait contrepoint à l'exubérance de Lola. Sa subtilité, sa palette émotionnelle et sa présence sur scène suscitent immédiatement l'attachement. Il apporte au spectacle son centre émotionnel, cette force tranquille dont le personnage a précisément besoin.
Maud Hanssens, dans le rôle de Lauren, apporte chaleur, fraîcheur et un sens très juste de la comédie à la dimension romantique de l'histoire. Elle insuffle charme, légèreté et une touchante sincérité.
Quant aux Angels, ils semblent tout simplement venus d'une autre planète. Ils possèdent eux aussi cette précision, cette énergie et ce charisme impressionnants.
La mise en scène de Kylian Campbell et Nicoline Hummel mérite également tous les éloges. Ils maintiennent constamment la scène en mouvement. Une mention particulière revient au travail minutieux sur les interactions d'arrière-plan. Chaque personnage présent sur scène a une raison d'être là. Quelqu'un écoute, réagit, traverse, travaille, observe ou fait discrètement progresser l'action. Rien n'est générique. Rien ne sonne faux. Cette attention permanente donne au spectacle une impression de vie particulièrement saisissante.
La dimension musicale est tout aussi réussie. Sous la direction musicale de Laure Campion, avec Thomas Vanhauwaert à la tête de l'orchestre, le résultat est irréprochable. Chaque équilibre sonore est maîtrisé avec précision. L'orchestre accompagne avec autant de finesse les moments les plus intimes que les explosions d'énergie, procurant un véritable plaisir d'écoute.
Le final du premier acte est électrisant, un de ces grands numéros qui rappellent ce que le musical est capable d'offrir lorsque les interprètes savent chanter, jouer et danser avec le même niveau d'excellence.
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KINKY BOOTS au Festival Bruxellons! rappelle avec éclat à quel point le musical peut être puissant lorsqu'il est abordé avec exigence, intelligence et passion.
Traduction française - Texte original en anglais ci-dessous
KINKY BOOTS arrive au Festival Bruxellons! avec une énergie qui électrise la scène avant même que l'histoire n'ait eu le temps de pleinement se déployer. Le numéro d'ouverture est dynamique et remarquablement construit sur le plan dramaturgique. Il installe avec clarté l'univers, le ton et le moteur émotionnel de l'œuvre, accomplissant parfaitement ce que doit réussir une grande ouverture de musical : happer instantanément le public.
Les décors, conçus par Sylvianne Besson et Yves Hauwaert, sont particulièrement ingénieux et fonctionnels, surtout au début du spectacle. Ils nous transportent immédiatement là où l'histoire doit nous emmener, tout en laissant à la scène toute la fluidité nécessaire aux déplacements. Les changements de décor s'enchaînent avec une grande efficacité et la production passe d'un univers à l'autre avec une remarquable aisance. Le deuxième acte convainc toutefois un peu moins sur le plan visuel. Les décors perdent une partie du glamour qu'exige pourtant cette histoire, notamment dans les textures, les formes et le choix des couleurs. Pour un spectacle qui célèbre autant la transformation, l'audace et le style, cet univers visuel aurait pu aller encore plus loin.
Dès que l'univers de Lola fait irruption, toute l'atmosphère bascule. Vincent Heden, dans le rôle de Lola, m'a littéralement ébloui. Quel charisme ! Quelle énergie constante, quelle précision, quelle concentration ! Aucun geste, aucun regard, aucune posture, aucune note ne semble jamais sortir du personnage. Il offre à Lola tout ce qu'elle exige : le spectaculaire, la maîtrise, l'exubérance et une profonde sincérité. Une magnifique découverte et une prestation qui, à elle seule, élève instantanément le spectacle à un niveau supérieur.
Les choristes féminines sont irrésistibles, charismatiques et débordantes de personnalité. Les chorégraphies leur donnent puissance, assurance et présence scénique. Elles construisent avec style et confiance l'univers de Lola. Quant aux Angels, incarnés par Killian Vialette, Maxime Pannetrat, Mathis Marco, Sasha Thibert et Douwe Debroux, ils semblent tout simplement venus d'une autre planète. Ils possèdent eux aussi cette précision, cette énergie et ce charisme impressionnants. Et le fait qu'ils accomplissent tout cela perchés sur des talons aiguilles rend leur performance encore plus stupéfiante.
Loïc Suberville, dans le rôle de Charlie, constitue le parfait contrepoint à l'exubérance de Lola. Sa subtilité, sa palette émotionnelle et sa présence sur scène suscitent immédiatement l'attachement. Il apporte au spectacle son centre émotionnel, cette force tranquille dont le personnage a précisément besoin.
Maud Hanssens, dans le rôle de Lauren, apporte chaleur, fraîcheur et un sens très juste de la comédie à la dimension romantique de l'histoire. Sa présence adoucit le parcours de Charlie tout en donnant à cette intrigue sentimentale une véritable place dans le récit. Elle insuffle charme, légèreté et une touchante sincérité.
Le premier acte ne cesse de monter en puissance. Sex Is in the Heel constitue l'un de ses sommets grâce à une énergie exceptionnelle, des chorégraphies percutantes et une mise en scène particulièrement efficace. C'est audacieux, incisif et débordant de vie. Le final du premier acte est électrisant, un de ces grands numéros qui rappellent ce que le musical est capable d'offrir lorsque les interprètes savent chanter, jouer et danser avec le même niveau d'excellence. La scène regorge de véritables « triple threats », capables d'exceller dans les trois disciplines, ce qui reste encore suffisamment rare en Belgique pour être souligné. L'équilibre entre qualité vocale, précision physique et intensité dramatique est remarquable. Toute la troupe semble maîtriser parfaitement le style, le rythme et les enjeux émotionnels de l'œuvre. C'est ce qui confère à cette production une véritable stature professionnelle.
Les chorégraphies de Kylian Campbell et Alexia Cuvelier sont excellentes : précises, dynamiques, percutantes et explosives. Chaque numéro possède une identité propre et l'ensemble de la troupe évolue avec une intention permanente. Même à l'arrière-plan, rien ne paraît laissé au hasard. C'est l'une des grandes forces de cette production.
La mise en scène de Kylian Campbell et Nicoline Hummel mérite également tous les éloges. Ils maintiennent constamment la scène en mouvement. Une mention particulière revient au travail minutieux sur les interactions d'arrière-plan. Chaque personnage présent sur scène a une raison d'être là. Quelqu'un écoute, réagit, traverse, travaille, observe ou fait discrètement progresser l'action. Rien n'est générique. Rien ne sonne faux. Cette attention permanente donne au spectacle une impression de vie particulièrement saisissante.
En matière de traduction, je suis particulièrement exigeant. Je trouve souvent que les adaptations de l'anglais vers le français sont maladroites, tant dans le respect des accents que dans celui du sens. L'adaptation française de Stéphane Laporte évite brillamment tous ces écueils. Tout y est fluide, parfaitement adapté aux contraintes de la langue française, sans jamais trahir le texte original. Plus remarquable encore, la simplicité élégante de l'œuvre de départ est pleinement préservée, ce qui constitue un exercice particulièrement difficile.
La dimension musicale est tout aussi réussie. Sous la direction musicale de Laure Campion, avec Thomas Vanhauwaert à la tête de l'orchestre, le résultat est irréprochable. Chaque équilibre sonore est maîtrisé avec précision. L'orchestre accompagne avec autant de finesse les moments les plus intimes que les explosions d'énergie, procurant un véritable plaisir d'écoute. La musique de Cyndi Lauper conserve toute sa personnalité, son énergie et sa générosité émotionnelle, magnifiée par un écrin théâtral particulièrement soigné.
La distribution secondaire participe elle aussi pleinement à la réussite de la soirée, avec Lucie Hoellinger (Nicola), Niels Batens (Don), Gauthier Bourgeois (Harry), Patrick Waleffe (George), Hélène Kamers (Trish), Thomas Servranckx (M. Price), Roland Bekkers (Simon père), Aaron Francque (Richard Bailey), Jozefien Van De Winkel (Pat), Kyara Boi (Marge) et Pauline Arnout (Cyndi). Ensemble, ils donnent à l'univers qui entoure Charlie et Lola toute sa richesse et sa crédibilité.
KINKY BOOTS au Festival Bruxellons! est un spectacle débordant de cœur, de rythme et d'assurance théâtrale. Drôle, techniquement impressionnant, vocalement irréprochable et porté par des artistes totalement investis, il rappelle avec éclat à quel point le musical peut être puissant lorsqu'il est abordé avec exigence, intelligence et passion.
Note finale : 9,5/10.
À recommander sans la moindre hésitation à tous ceux qui souhaitent vivre une grande soirée de musical, portée par une énergie spectaculaire, beaucoup de cœur… et des talons aiguilles.
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KINKY BOOTS arrives at Festival Bruxellons! with the kind of energy that makes the stage feel charged before the story has even had the chance to fully unfold. The opening number is energetic and very well thought through, from a structural point of view. It introduces the world, the tone, and the emotional engine of the piece with clarity, and it does what a strong musical opening should do: it pulls the audience in fast.
The set, designed by Sylvianne Besson and Yves Hauwaert, is very well conceived and functional, especially at the beginning. It transports us exactly where we need to be in the story, while keeping the stage clear and flexible for movement. The scene changes move cleanly, and the production is great at shifting from one space to another. The second act, however, is less convincing visually. The set starts to lose some of the glamour the story needs, especially in the textures, shapes, and choice of colours. For a show that speaks so much about transformation, boldness, and style, that visual world could’ve gone further.
When Lola’s world enters, the whole atmosphere changes. Vincent Heden, in the role of Lola, completely blew me away. Such charisma. Such constant energy, precision, and focus. No gesture, look, posture, or note feels out of character. He gives Lola spectacle, control, flamboyance, and truth. It’s a wonderful discovery of a great actor, and one of those performances that instantly lifts a production to another level.
The chorus girls are very funny, charismatic, and full of personality. The choreographies give them punch, attitude, and stage power. They build Lola’s universe with style and confidence. And the Angels, played by Killian Vialette, Maxime Pannetrat, Mathis Marco, Sasha Thibert, and Douwe Debroux, are simply out of this world. They also have Lola’s precision, energy, and charisma that is already impressive in any context. The fact that they do it all in high heels makes it even more astonishing.
Loïc Suberville as Charlie is the perfect balance for Lola’s explosive vein. His subtlety, emotional flexibility, and stage presence instantly trigger attachment for his character. He gives the production its human centre, and that quiet strength is exactly what the role needs.
Maud Hanssens, as Lauren, brings warmth and comic freshness to the romantic side of the story. Her presence helps soften Charlie’s arc while giving the love interest real space inside the action. She adds charm, lightness, and a very welcome sense of emotional openness.
The first act keeps building. “Sex Is in the Heel” is one of its major highlights, with amazing energy, dancing, choreography, and staging. It’s bold, sharp, and completely alive. The last number of the first act is electrifying, the kind of number that reminds you what musical theatre can do when performers are able to sing, act, and dance with the same level of commitment and skill. The stage is filled with triple threats, and that’s extremely refreshing to see in Belgium. There’s a rare balance between vocal quality, physical precision, and acting energy. Everyone seems to understand the style, the rhythm, and the emotional stakes of the material. That’s what gives the production its professional weight.
The choreography by Kylian Campbell and Alexia Cuvelier is excellent. Precise, energetic, punchy, and explosive. It gives every number a clear identity, and it keeps the company moving with real intention. Even in the background, nothing feels random. That’s one of the great strengths of this production.
Kylian Campbell and Nicoline Hummel’s direction deserves real praise. They keep the stage constantly alive. One special mention goes to the construction of background interactions. Every character on stage has a reason to be there. Someone is always listening, reacting, crossing, working, watching, or silently pushing the story forward. Nothing is done in general. Nothing is faked. That gives the production an impressive sense of life.
As far as translations are concerned, I’m a very hard person to please. I often find adaptations from English to French very poorly made, with accents going everywhere and actual meanings altered. Stéphane Laporte’s French adaptation avoids those problems beautifully. Everything is fluid, technically adapted to the French language, and the meaning is preserved. More importantly, the beautiful simplicity of the English original is convincingly transported into French, which is usually very difficult to do properly.
The musical side is just as strong. Under Laure Campion’s musical direction, with Thomas Vanhauwaert leading the orchestra, the sound is impeccable. Everything is balanced to perfection. The orchestra covers all emotional areas, from intimate to explosive, and the result is a pure pleasure to listen to. Cyndi Lauper’s music keeps its colour, its drive, and its emotional openness, while the production gives it a very polished theatrical frame.
The supporting cast also contributes to the strength of the evening, with Lucie Hoellinger as Nicola, Niels Batens as Don, Gauthier Bourgeois as Harry, Patrick Waleffe as George, Hélène Kamers as Trish, Thomas Servranckx as Mr Price, Roland Bekkers as Simon Père, Aaron Francque as Richard Bailey, Jozefien Van De Winkel as Pat, Kyara Boi as Marge, and Pauline Arnout as Cyndi. Together, they give the world around Charlie and Lola precisely the texture it needs.
KINKY BOOTS at Festival Bruxellons! is a production full of heart, rhythm, and theatrical confidence. It’s funny, technically strong, vocally solid, and performed with the kind of commitment that makes musical theatre feel alive. It proves how powerful this genre can be when it’s treated seriously, joyfully, and with real craft.
Final rating: 9.5 /10 (Strongly recommended for anyone who wants a high-quality musical theatre night with spectacular energy, heart, and heels).
Alexandre Diaconuy - BroadwayWorld - 12 juillet 2026
Alexandre Diaconuy - BroadwayWorld - 12 juillet 2026
Critique - Le succès de Kinky Boots tient dans la performance de ses interprètes. À commencer par Vincent Heden, flamboyant dans le rôle-titre de Lola. Perché sur des talons de 13 à 15 cm, maquillé, perruqué, il joue, chante et danse avec un naturel et une sincérité désarçonnants. Lola − entourée de ses "Angels", six drag queens glamour à la prestation coquine et énergique − a du bagou et de l'assurance, mais c'est aussi un être blessé par la vie, qui doit se battre pour exister. Cela, Vincent Heden le rend parfaitement sur scène. Loïc Suberville campe avec allant un Charlie Price plein de bonne volonté, mais souvent maladroit. Quant à Maud Hanssens, elle apporte, sous les traits de Lauren, ouvrière audacieuse, féministe et secrètement éprise de Charlie, de savoureuses notes d'humour. (…)
Ajoutez à cela de splendides décors, des paillettes, des costumes colorés, du rythme et des chorégraphies endiablées : le cocktail idéal qui procure peps et joie, et, donne terriblement envie de se serrer les uns les autres dans les bras.
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★★★★ - Une aventure sensorielle et humaine inoubliable
"Kinky Boots", l'éclatante comédie musicale qui donne envie de se serrer les uns les autres dans les bras
Samedi, soir de première. Les quelque 600 spectateurs installés dans les gradins de la cour du Château du Karreveld (Molenbeek-Saint-Jean) sont debout, applaudissant à tout rompre la quarantaine d'artistes (interprètes et musiciens) qui, pendant près de deux heures, leur ont fait vivre une aventure sensorielle et humaine inoubliable : Kinky Boots, la comédie musicale feel-good de la chanteuse et compositrice américaine Cyndi Lauper, mise en scène par Nicoline Hummel et Kylian Campbell.
Depuis 2015, le Festival Bruxellons ! propose, dans sa programmation estivale, un grand musical, adapté en français et joué avec un orchestre live. De tubes incontournables (La Mélodie du bonheur, My Fair Lady, West Side Story…) à des titres plus confidentiels (Blood Brothers, Come from Away…), chaque production enthousiasme le public : interprétation, chants, chorégraphies, musique, décors, costumes… tout y est pour se sentir comme à Broadway ou au West End. Et, cet été, l'éclatant Kinky Boots ne déroge nullement à la règle !
Lola et ses Angels
Inspiré d'une histoire vraie, Kinky Boots raconte une rencontre improbable qui va bouleverser deux vies que tout opposait. À la mort de son père, Charlie Price (Loïc Suberville) hérite de la fabrique familiale de chaussures pour hommes. Le jeune homme a déjà des projets : quitter Northampton pour faire carrière à Londres et se marier avec Nicola (Lucie Hoellinger). Mais l'usine est au bord de la faillite et Charlie ne peut se résoudre à licencier les ouvriers. Un soir, il vient au secours d'une jeune femme. Elle s'appelle Lola (Vincent Heden). Elle est drag queen ; travaille dans un cabaret. Le talon de sa botte s'est cassé. Charlie propose de le réparer. Et si la solution était là ? Créer des bottes sexy à talon suffisamment solide pour supporter le poids d'un homme. Ce seront les fameuses "kinky boots", dont Charlie confie le design à Lola, férue de chaussures. De cette collaboration de travail inédite va naître une amitié sincère, qui fera peu à peu sauter les a priori et les stéréotypes sur la différence de classes, le genre, l'amour…
Outre l'histoire, drôle, touchante et revigorante (livret d'Harvey Fierstein et traduction française de Stéphane Laporte), et la bande-son (dont les paroles et la musique, entre morceaux vitaminés et ballades intimistes, sont signées Cyndi Lauper), le succès de Kinky Boots tient dans la performance de ses interprètes. À commencer par Vincent Heden, flamboyant dans le rôle-titre de Lola. Perché sur des talons de 13 à 15 cm, maquillé, perruqué, il joue, chante et danse avec un naturel et une sincérité désarçonnants. Lola − entourée de ses "Angels", six drag queens glamour à la prestation coquine et énergique − a du bagou et de l'assurance, mais c'est aussi un être blessé par la vie, qui doit se battre pour exister. Cela, Vincent Heden le rend parfaitement sur scène. Loïc Suberville campe avec allant un Charlie Price plein de bonne volonté, mais souvent maladroit. Quant à Maud Hanssens, elle apporte, sous les traits de Lauren, ouvrière audacieuse, féministe et secrètement éprise de Charlie, de savoureuses notes d'humour.
Ajoutez à cela de splendides décors, des paillettes, des costumes colorés, du rythme et des chorégraphies endiablées : le cocktail idéal qui procure peps et joie, et, donne terriblement envie de se serrer les uns les autres dans les bras.
Stéphanie Bocart - La Libre Belgique - 13 juillet 2026
Stéphanie Bocart - La Libre Belgique - 13 juillet 2026
Critique - Et Bruxelles lui a méme ajouté ...un supplément d'âme… Que l'on nomme désormais Price & Simon. Une société qui ne vend finalement q'unes eule chose: le courage d'étre soi.
La distribution est remarquable. Lola first ! Dès qu’elle paraît, le regard ne peut plus la quitter. Vincent Heden signe une Lola absolument renversante de charisme et de précision. Jamais elle ne tombe dans la caricature. En habitant littéralement son personnage, le comédien fait de Lola une reine de scène puissante jusqu’au bout des cheveux, à la fois glamour, spectaculaire et profondément authentique, tant les questions qu’elle pose sont pertinentes.
Face à lui, Loïc Suberville compose un Charlie bien nuancé. Tellement vulnérable, malhabile et pétri du désir de bien faire, il met toute son humanité aux pieds de l’exubérante reine. Ensemble, ils forment le cœur battant du spectacle. Et le courage… de reprendre ses droits !
Maud Hanssens, on l’adore, dans le rôle de Lauren, fraîche, lumineuse, romantique, dotée d’un humour délicieusement communicatif, tandis que le vaillant Don est incarné par Niels Batens.
Quant aux Angels — Timothée Charles Aufray, Douwe Debroux, Mathis Marco, Sasha Thibert, Maxime Pannetrat, Killian Vialette — ils sont spectaculaires de précision, d’énergie et d’aisance, juchés sur leurs high heels vertigineux. Ils construisent autour de Lola un univers éclatant de virtuosité.
L’ensemble de la distribution mérite les plus chaleureux éloges.
Le soir de la première, c’est l’euphorie. Une longue standing ovation a salué cette création généreuse, chaleureuse et profondément humaine.
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★★★★★ - La distribution est remarquable
Oui Bruxelles peut regarder Broadway droit dans les yeux.
C’est George (Patrick Waleffe), fidèle gardien et mémoire vivante de la maison Price & Sons, impeccable dans son costume old style, qui ouvre le bal. Un personnage d’une élégance désuète qui incarne à lui seul tout un monde industriel sur le point de disparaître. Top chrono, la comédie musicale démarre, certes, mais aussi une aventure qui sait parler aux yeux du cœur.
Les chaussures ont toujours raconté notre histoire.
Depuis les cothurnes de l’Antiquité jusqu’aux bottes de sept lieues, du soulier de Cendrillon aux sabots d’Hélène, sans oublier mon affection parfaitement assumée pour les Crocs, elles portent nos rêves autant que nos blessures. Et les escarpins rouge vif, tout un programme parfaitement sexy. Elles nous élèvent, nous protègent, nous transforment. Hélas, elles savent aussi devenir les terrifiants « bruits de bottes » qui jalonnent l’Histoire. Tout un symbole de notre fragilité humaine.
Ainsi, Kinky Boots va se déployer dans la grande cour du château du Karreveld, tandis que les perruches à collier, bavardes et jalouses de la musique semblent ne jamais vouloir aller se coucher. Le 28ᵉ Festival Bruxellons offre une adaptation française, surtitrée en néerlandais, d’une intensité remarquable. Une production généreuse, créative, portée par une troupe aux accents bilingues, totalement investie.
Au commencement était Simon, l’enfant, amoureux déjà de l’objet fétiche en vernis rouge à talons hauts. Il rêvait en secret de s’élever pour échapper à une autorité paternelle cuisante.
Puis se dégage l’univers gris d’une vieille fabrique de chaussures anglaises increvables où explose soudain un feu d’artifice des sept couleurs. Nos préférées : le jaune poussin, le vert émeraude, le bleu des mers du Sud, le parme et les cent nuances du rouge passion… Chaque tableau ressemble à une toile fauviste où les costumes dialoguent avec les lumières. Les high heels vertigineux se marient aux gants longs, pour dessiner une première chorégraphie flamboyante. L’heure est à la fête et les carrés blond platine, se métamorphoseront en cascades rutilantes, brillantes de vie et d’énergie, assorties de costumes… dignes de mousquetaires. Enfin, le crescendo de paillettes s’emparera même de nos propres yeux : quelle contagion ! Une montée en puissance jubilatoire qui fait de cette soirée un réveillon de 31 décembre, déguisé en fête nationale. On rit. On applaudit. On jubile devant l’esthétique. On oublie le quotidien. Le bonheur circule librement entre la scène et les gradins. Toutefois, cette exubérance va tisser aussi une histoire beaucoup plus porteuse de sens.
À première vue, il ne s’agit que de sauver une entreprise familiale menacée de faillite grâce à un produit totalement inédit destiné à conquérir Milan. Pourtant, au fil des scènes, le spectacle aborde avec une rare intelligence des thèmes universels : la résilience, la difficulté d’exister dans l’ombre d’un père admiré, le respect de la différence, l’amour filial, la confiance retrouvée, l’amitié, le couple, Ah! L’excellente Lucie Hoellinger en Nicola. Mais par-dessus tout: l’acceptation de soi. On entend la voix d’Oscar Wilde nous souffler: « Be yourself ; everyone else is already taken. » Tout est là. Être soi-même, la chose la plus admirable. Et oser dire oui à ce qui vient en faisant éventuellement demi-tour. Le oui à la vie: « J’veux entendre des Yeah! »
These boots are made for walking… pour apprendre à marcher vers soi-même.
Le formidable défi lancé à Don par Laura constitue une résolution aussi intelligente que bouleversante, où personne ne perd véritablement et où chacun grandit. La rencontre de deux mondes se produit lors d’un formidable coup de théâtre. C’est cette victoire profondément humaine qui vous laisse une trace indélébile. Son bataillon d’admiratrices vrombit autour d’elle: «Maisquelhomme, maisquelhomme!» Vive la ruche!
Et puis la distribution est remarquable.
Lola first ! Dès qu’elle paraît, le regard ne peut plus la quitter. Vincent Heden signe une Lola absolument renversante de charisme et de précision. Jamais elle ne tombe dans la caricature. En habitant littéralement son personnage, le comédien fait de Lola une reine de scène puissante jusqu’au bout des cheveux, à la fois glamour, spectaculaire et profondément authentique, tant les questions qu’elle pose sont pertinentes.
Face à lui, Loïc Suberville compose un Charlie bien nuancé. Tellement vulnérable, malhabile et pétri du désir de bien faire, il met toute son humanité aux pieds de l’exubérante reine. Ensemble, ils forment le cœur battant du spectacle. Et le courage… de reprendre ses droits !
Maud Hanssens, on l’adore, dans le rôle de Lauren, fraîche, lumineuse, romantique, dotée d’un humour délicieusement communicatif, tandis que le vaillant Don est incarné par Niels Batens.
Quant aux Angels — Timothée Charles Aufray, Douwe Debroux, Mathis Marco, Sasha Thibert, Maxime Pannetrat, Killian Vialette — ils sont spectaculaires de précision, d’énergie et d’aisance, juchés sur leurs high heels vertigineux. Ils construisent autour de Lola un univers éclatant de virtuosité.
L’ensemble de la distribution mérite les plus chaleureux éloges : Lucie Hoellinger, Niels Batens, Gauthier Bourgeois, Hélène Kamers, Thomas Servranckx, Roland Bekkers, Aaron Francque, Jozefien Van De Winkel, Kyara Boi et Pauline Arnout participent tous à donner chair à cette galerie de personnages avec une remarquable sincérité.
Kylian Campbell et Nicoline Hummel, à la mise en scène, maintiennent le plateau dans une vie bourdonnante. Ce foisonnement permanent donne une impression de vérité scénique très réjouissante.
Les chorégraphies de Kylian Campbell et Alexia Cuvelier sont d’une redoutable efficacité. Énergiques, précises, explosives, elles sculptent chaque numéro avec une personnalité propre et entraînent toute la troupe dans un irrésistible mouvement collectif.
Sous la direction musicale de Laure Campion avec à la baguette Thomas Vanhauwaert, l’orchestre sur scène fait merveille. La partition de Cyndi Lauper conserve toute son énergie rock, son émotion et sa générosité. Les voix s’épanouissent dans un heureux équilibre sonore qui accompagne aussi bien les instants méditatifs les plus intimes, que les multiples explosions de joie.
Le soir de la première, c’est l’euphorie. Une longue standing ovation a salué cette création généreuse, chaleureuse et profondément humaine. Oui, Bruxelles peut regarder Broadway droit dans les yeux. Et Bruxelles lui a même ajouté …un supplément d’âme. Que l’on nomme désormais Price & Simon. Une société qui ne vend finalement qu’une seule chose : le courage d’être soi.
Dominique-Hélène Lemaire - Arts et lettres - 12 juillet 2026
Dominique-Hélène Lemaire - Arts et lettres - 12 juillet 2026
Critique - En tête de distribution, Loïc Suberville campe un Charlie maladroit, mal à l’aise puis trouvant petit à petit son chemin jusqu’à la réjouissante scène finale. Mais la star de la soirée est évidemment Vincent Heden, époustouflant de bout en bout dans le rôle de Lola. Aussi à l’aise en meneuse de revue flamboyante que dans les émouvants moments de confessions intimes, il enflamme le spectacle dès sa première apparition. Et c’est debout que le public acclame sa prestation et celle de toute l’équipe qui l’entoure.
La force de Kinky Boots tient à la complexité des personnages et des situations, bien plus proches de la vie réelle que du conte de fées.
Rythme d’enfer, décor réaliste qui se transforme, cette comédie musicale joue parfaitement son rôle de divertissement de haut vol. Et les auteurs y ajoutent une dimension profondément humaine qui dépasse les simples bons sentiments. On passe ainsi des interrogations intimes des différents personnages à de flamboyantes scènes chantées et dansées, tantôt par l’irrésistible groupe de drag queens, tantôt par une distribution impeccable soutenue par un orchestre aussi discret qu’efficace.
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★★★★ - Sous la forme d’une comédie musicale parfaitement maîtrisée,
le spectacle est bien plus subtil et complexe qu’il y paraît
Avec la comédie musicale de Cindy Lauper et Harvey Fierstein, le festival Bruxellons offre un spectacle joyeux, sensible et mené à un rythme d’enfer par Vincent Heden.
Sois toi ! Toi seul décides de ce que tu seras. » Derrière ce message aux allures de titre de livre de développement personnel, on découvre Kinky Boots : sous la forme d’une comédie musicale parfaitement maîtrisée, le spectacle est bien plus subtil et complexe qu’il y paraît.
Décevant un père qui espérait le voir reprendre l’entreprise de chaussures familiales, Charlie Price part vivre à Londres en compagnie de sa petite amie, Nicola. On le comprend aisément. Derrière un rideau de scène en forme de portail d’usine défraîchi, Kinky Boots s’ouvre sur l’atelier de l’entreprise avec ses ouvrières et ouvriers formant une petite famille autour du fondateur. Pourtant, quelque chose ne fonctionne plus vraiment. On baigne dans le gris, la routine et la perspective d’un marché de la chaussure haut de gamme qui s’effondre petit à petit.
Les apparences trompeuses
Durant ces premières minutes, le récit s’installe tandis qu’on chante la gloire de la chaussure dans une espèce d’inconscience et de routine collective. C’est du côté de Londres que le spectacle s’enflamme vraiment avec la première apparition de Lola et de son groupe de drag queens. La rencontre entre les deux mondes est improbable et c’est de la manière la plus inattendue que les routes de Lola et de Charlie vont se croiser, Lola démontrant, dès ce premier contact, toute la complexité de son personnage.
La mort du père de Charlie va précipiter le retour de ce dernier dans l’entreprise familiale. Pour liquider les affaires, pense-t-il. Pourtant, son attachement au personnel et sa rencontre avec Lola vont l’amener à tenter un dernier coup de poker. Quitter le marché de la chaussure traditionnelle pour se lancer dans la fabrication de bottes sexy et de cuissardes flashy. Les premiers essais sont catastrophiques et ce n’est qu’en offrant à Lola le poste de styliste de la maison que Charlie trouve la formule magique. Tout le monde s’aime, l’entreprise remarche, clap de happy end ?
La force de Kinky Boots tient à la complexité des personnages et des situations, bien plus proches de la vie réelle que du conte de fées. Si Charlie s’enthousiasme pour les créations de Lola, les ouvriers mâles de l’entreprise ont bien du mal à accepter la bande de drag queens qui envahit leur espace. Charlie, pas vraiment charismatique comme patron, multiplie les erreurs de communication. Lola tente de s’intégrer en abandonnant son look drag pour un costume trois pièces…
Au-delà des bons sentiments
Au travers de ces péripéties, les auteurs vont surtout mettre en évidence les relations compliquées entre les pères et les fils, les héritages qu’on a du mal à assumer, les vies toutes tracées dont on voudrait dévier, la difficulté d’être celui qu’on veut être et non pas celui que les autres imaginent. Charlie et Lola vont ainsi tout se dire de leur enfance, des rêves paternels et de leur difficulté à s’affirmer. Mais cela ne suffit pas à régler les problèmes de l’entreprise.
Au fil du temps, d’autres difficultés s’accumulent, des affrontements ont lieu entre les mâles dominants et les filles désormais regroupées autour de Lola dans une séquence remettant en question le rapport homme-femme avec un solide sens de l’humour. Nicola, la fiancée de Charlie, revient à la charge, ne rêvant que de vie londonienne et proposant un plan idéal pour se débarrasser de l’entreprise. Et les surprises se succèdent, bonnes ou mauvaises, mais faisant, petit à petit, évoluer les esprits. Car contrairement à ce que les apparences pourraient suggérer, ce n’est pas nécessairement Lola qui doit le plus se battre pour être qui elle est.
Rythme d’enfer, décor réaliste qui se transforme, cette comédie musicale joue parfaitement son rôle de divertissement de haut vol. Et les auteurs y ajoutent une dimension profondément humaine qui dépasse les simples bons sentiments. On passe ainsi des interrogations intimes des différents personnages à de flamboyantes scènes chantées et dansées, tantôt par l’irrésistible groupe de drag queens, tantôt par une distribution impeccable soutenue par un orchestre aussi discret qu’efficace.
Star de la soirée
En tête de distribution, Loïc Suberville campe un Charlie maladroit, mal à l’aise puis trouvant petit à petit son chemin jusqu’à la réjouissante scène finale. Mais la star de la soirée est évidemment Vincent Heden, époustouflant de bout en bout dans le rôle de Lola. Aussi à l’aise en meneuse de revue flamboyante que dans les émouvants moments de confessions intimes, il enflamme le spectacle dès sa première apparition. Et c’est debout que le public acclame sa prestation et celle de toute l’équipe qui l’entoure.
Jean-Marie Wynants - Le Soir - 21 juillet 2026
Jean-Marie Wynants - Le Soir - 21 juillet 2026
Reportage - Après avoir assisté à un petit bout de filage de la comédie musicale de l’été au festival Bruxellons, on peut en tout cas vous dire qu’avec ses bottes pailletées, le spectacle de Cyndi Lauper est du genre vitaminé. Que ses hauts talons (onze centimètres tout de même) annonce aussi des sommets de bonne humeur, d’énergie, d’émotions. Que les numéros avancent avec une démarche assurée, comme si chaque centimètre gagné sous la semelle injectait une dose supplémentaire de rythme. (…)
« On peut réussir à distraire tout en abordant des sujets importants », souligne Kylian Campbell. « En l’occurrence, on parle ici d’inclusion, d’acceptation de l’autre et de soi. » (…)
Tout virevolte sur le plateau encore en construction, à commencer par le décor qui s’ouvre comme une pochette-surprise afin de révéler une loge, un bar, un appartement. A l’étage, le décor pivote également pour laisser place tantôt au bureau de la vieille usine de chaussures, tantôt à une scène de cabaret rattaché à un grand escalier, amovible lui aussi, sur lequel paradent acrobatiquement Lola et ses drags. « Cette pièce, c’est la rencontre entre deux mondes, un peu comme dans Billy Elliott », décrypte Nicoline Hummel. « Ici, c’est le monde ouvrier qui rencontre le monde drag. » Une minute, on est dans une fabrique qui sent l’établi, le cuir, les moules en bois de cordonnerie, les boîtes en carton. La minute d’après, nous voilà dans un univers pailleté sur les talons (littéralement) de performeurs aux déhanchés décomplexés.
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« Kinky Boots » : le festival Bruxellons! chausse ses bottes pailletées
« Sois toi-même, tous les autres sont déjà pris », disait Oscar Wilde. Cette maxime irrigue la nouvelle comédie musicale créée au Château du Karreveld, sur une composition pop de Cyndi Lauper.
S’il paraît qu’on peut en dire long sur une personne rien qu’en regardant ses chaussures, on peut sans doute aussi stipuler bien des choses en regardant une équipe chausser un spectacle, a fortiori quand celui-ci s’intitule Kinky Boots, qu’on pourrait traduire par « bottes extravagantes » ou « bottes coquines ». Après avoir assisté à un petit bout de filage de la comédie musicale de l’été au festival Bruxellons, on peut en tout cas vous dire qu’avec ses bottes pailletées, le spectacle de Cyndi Lauper est du genre vitaminé. Que ses hauts talons (onze centimètres tout de même) annonce aussi des sommets de bonne humeur, d’énergie, d’émotions. Que les numéros avancent avec une démarche assurée, comme si chaque centimètre gagné sous la semelle injectait une dose supplémentaire de rythme.
Pendant les répétitions, en voyant quelques scènes d’ouverture, on a eu l’impression d’un spectacle euphorisant. Ce spectacle ne marche pas, il semble fendre la scène avec fougue et avec fierté. « C’est un spectacle feel-good », nous confirme Kylian Campbell, qui signe la mise en scène avec Nicoline Hummel. « Cette fois, pas de mort, pas de château en feu », sourit celui qui cosigne aussi la chorégraphie de Kinky Boots sur le plateau, en plein air, du Château du Karreveld, où chaque été, depuis plus de dix ans, se déploie une grande comédie musicale. Loin des registres plus tragiques de pièces comme Rebecca l’année dernière ou encore Come From Away l’été précédent, Kinky Boots est un musical pop et joyeux qui célèbre la différence, la solidarité et l’audace d’être soi-même.
De Broadway à Molenbeek
« On peut réussir à distraire tout en abordant des sujets importants », souligne Kylian Campbell. « En l’occurrence, on parle ici d’inclusion, d’acceptation de l’autre et de soi. » Le pitch ? A la mort de son père, dans les années 90, Charlie hérite de l’entreprise familiale, une usine de chaussures anglaises qui file droit vers la catastrophe. Les chaussures classiques ne se vendent plus et s’il ne trouve pas une solution pour réinventer le business, c’est la faillite. C’est là qu’entre en scène Lola. Artiste de cabaret flamboyante, charismatique et experte en talons vertigineux, Lola se produit aux côtés de ses Angels. « Quand Charlie rencontre Lola, il se rend compte que les drag queens dansent avec des chaussures faites pour les femmes et donc pas du tout adaptées aux hommes, à leur poids, à leur morphologie », décrypte Kylian Campbell. « Il va donc créer des chaussures pour ces hommes avec l’aide de Lola. »
Ensemble, ils décident de fabriquer des bottes extravagantes destinées aux performeurs en talons hauts… les fameuses « kinky boots ». Cela suffira-t-il à sauver l’entreprise ? Il faudra foncer sous le ciel de Molenbeek pour le découvrir. Créée en 2013 à Broadway, avant de gagner le West End à Londres, la pièce de Cyndi Lauper et Harvey Fierstein a raflé plusieurs Tony Awards. « C’est une histoire vraie », rappelle Kylian Campbell. « La BBC en a fait un reportage qui a ensuite fait l’objet d’un film. » La suite est écrite par le librettiste Harvey Fierstein (La Cage aux folles, Torch Song Trilogy) qui découvre cette histoire et appelle son amie Cyndi Lauper pour composer la musique.
« J’ai vu la pièce à Londres, puis, je l’ai revue à Anvers », se souvient le metteur en scène, qui a réussi à convaincre les producteurs de Bruxellons de miser sur ce musical flamboyant. Il s’allie alors à Nicoline Hummel, avec qui il a déjà mis en scène des spectacles à Anvers (Cinderella, Wonderland, etc.) « Avec Nicoline, on prend deux chemins différents : Nicoline travaille de l’intérieur, moi par-dessus et on se retrouve au milieu. Nicoline est plus axée sur le jeu, les personnages, le chant, le contenu. Moi, je viens de la danse donc j’agis plus sur le mouvement général, le visuel, la danse, la technique. A tour de rôle, on se met en retrait. » Tous deux orchestrent une équipe de près de 40 artistes sur scène. Comédiens, chanteurs et musiciens qui mouillent leur chemise. Au sens littéral en ce vendredi soir frappé au plus fort par la canicule. Malgré les températures délirantes pour un début de soirée, les Angels ont enfilé leur perruque blond platine, leurs gants longs de toutes les couleurs et leurs chaussures haut perchées.
Décor plein de surprises
Tout virevolte sur le plateau encore en construction, à commencer par le décor qui s’ouvre comme une pochette-surprise afin de révéler une loge, un bar, un appartement. A l’étage, le décor pivote également pour laisser place tantôt au bureau de la vieille usine de chaussures, tantôt à une scène de cabaret rattaché à un grand escalier, amovible lui aussi, sur lequel paradent acrobatiquement Lola et ses drags. « Cette pièce, c’est la rencontre entre deux mondes, un peu comme dans Billy Elliott », décrypte Nicoline Hummel. « Ici, c’est le monde ouvrier qui rencontre le monde drag. » Une minute, on est dans une fabrique qui sent l’établi, le cuir, les moules en bois de cordonnerie, les boîtes en carton. La minute d’après, nous voilà dans un univers pailleté sur les talons (littéralement) de performeurs aux déhanchés décomplexés.
« Les chaussures, c’était le plus gros challenge », confie Kylian. « Il a fallu trouver des artistes qui savaient à la fois danser sur des hauts talons de onze centimètres et chanter une partition très haute aussi. Certains viennent du monde du cabaret et du drag. Ce sont souvent des danseurs pros qui font du drag à Paris. » Au final, le couple de metteurs en scène a reçu plus 500 candidatures pour les auditions, preuve de la réputation grandissante de Bruxellons en termes de comédie musicale. En s’inspirant notamment du heels, dérivé de la danse jazz mais sur talons hauts, la chorégraphie s’est aussi faite en duo. « On a deux chorégraphes différents pour souligner cette histoire de deux mondes qui se découvrent. Alexia Cuvelier chorégraphie les Angels et moi, je chorégraphie les travailleurs de l’usine. Dans West Side Story aussi, on avait deux chorégraphes pour chacune des deux bandes. »
« Pour Kinky Boots, j’ai fait des recherches sur les gestes techniques dans les usines de chaussures mais aussi sur le mouvement drag des années 90, qui était encore illégal à l’époque, avec des lois qui criminalisaient les représentations de l’homosexualité, notamment sur la scène. » Une fois n’est pas coutume, le public a aussi vue sur l’orchestre live, dirigé par Laure Campion, qui accompagne les comédiens-danseurs. « D’habitude, l’orchestre est caché parce qu’on n’a pas la place de mettre les musiciens sur le plateau. Mais là, comme ils sont onze, on a décidé de les mettre sur scène. Il arrive souvent que des spectateurs oublient qu’il y a un orchestre en live et pensent donc que c’est de la musique enregistrée. C’est dommage. »
Du 9/7 au 31/8 au Château du Karreveld, Bruxelles. Dans le cadre du festival Bruxellons du 9/7 au 22/9. www.bruxellons.be.
Catherine Makereel - Le Soir - 2026 06 29
Catherine Makereel - Le Soir - 2026 06 29
© Photo: Laure Geerts
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On peut bien sûr applaudir le décor, les costumes, la mise en scène qui, notamment, occupe l'espace avec tellement de justesse, les musiciens qui donnent vie à l'ensemble et les interprètes qui donnent corps, émotion, sens . On peut bien sûr applaudir tout cela. On le doit même, si je peux utiliser occasionnellement ce verbe "devoir" qui n'est pas compatible avec ceux d'art et de culture. Mais je voudrais surtout applaudir le choix de monter ce spectacle. Divertir est déjà, quand le spectacle fait le show, une noble cause. Divertir de cette manière, et je pense particulièrement à la manière dont le personnage de Lola est abordé sans excès caricatural, est une cause sociale, politique, humaine. Il faut courir voir ces Human Boots. |
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