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L'événement culturel de l'été à Bruxelles!    

Un grand amour

de Nicole Malinconi

Mise en scène : Jean-Claude Berutti - Compagnie Jean-Claude Berutti, Rideau de Bruxelles, en partenariat avec le Théâtre des Martyrs, le Théâtre de Roanne et le Château de Goutelas - CCR -

«La vérité est une chose terrible, trop terrible pour que nous puissions vivre avec elle.»

Theresa est seule, face à vous, dans la pâleur de sa vieillesse, mais elle vous parlera droit dans les yeux, par la bouche de Janine Godinas et, croyez-moi, vous vous souviendrez d’elle! Janine Godinas incarne Theresa Stangl, dans ses ambiguïtés, dans ses refus, dans sa lâche complicité. Elle y est magistrale, d’une théâtralité incandescente.


Qu’est-ce que vivre aux côtés d’un bourreau ? Est-il possible d’ignorer ses actions ? Est-il possible de l’aimer, de partager sa vie ? Theresa Stangl fut l’épouse d’un exterminateur de masse, Franz Stangl, commandant aux camps de Sobibor et de Treblinka. Son mari fut arrêté au Brésil en 1967 où le couple et ses enfants menaient une vie confortable. Une journaliste britannique, Gitta Sereny, les interviewa tous les deux. Pour son roman Un grand amour, Nicole Malinconi s’intéressa aux propos de Theresa. Elle raconte ses souvenirs, ses doutes depuis l’entrée de son mari au parti nazi à ses fonctions dans les camps d’extermination. Elle a ignoré, elle a su, a parfois refusé qu’il la touche mais a poursuivi sa vie à ses côtés. Pourquoi ? « Les raisons de ne plus l’aimer, moi je les ai contournées ; je m’en suis détournée comme on détourne le regard sans avoir vraiment vu, sans avoir vraiment voulu voir » dit celle qui s’est construit une bonne conscience et s’en est fait une carapace.


« Et puis, la guerre avait éclaté et la force des choses n’avait fait qu’un avec l’amour. »


CREATEURS
AuteurNicole Malinconi 
Mise en scèneJean-Claude Berutti 
Assistanat mise en scèneSuzanne Emond
ScénographieRudy Sabounghi
CostumesRudy Sabounghi
LumièreDavid Debrinay
AVEC
Janine Godinas 


« J’ai voulu le croire, lui ; je l’aimais ; je croyais les mots de l’homme que j’aimais ; je croyais l’amour avant les mots ; l’amour comptait bien plus, il était d’un autre monde que les mots, eux avec leurs raisonnements et toutes ces pensées qu’ils traînaient ; c’était comme si l’amour avait émoussé les raisonnements et les pensées, même la plus terrible qui me torturait chaque nuit, la pensée de mon mari, organisant des travaux de construction là même où l’on mettait à mort délibérément des êtres humains. […] La question, je ne me l’étais pas posée ; je n’avais pas vu alors que la cloison entre les travaux de construction et les mises à mort de Sobibor et de Treblinka ne tenait qu’à moi, à l’amour que j’avais pour lui, qu’elle n’existait pas. »


Janine Godinas est une comédienne essentielle et incontournable du théâtre belge. Mise en scène par Jean Claude Berutti cette immense interprète nous livre le texte de Malincoli, la confession étrange de la veuve du commandant de Treblinka.
Le texte est remarquable. La mise en scène de Jean Claude Berutti se veut minimaliste cependant qu’elle est délicate et sacrement efface.
Janine Godinas est une immense comédienne, elle saisit la salle. A la gorge. Nous sommes son miroir. Elle est une brillante lectrice; elle défend la proposition d’une Thereza Stangl qui pendant qu’elle nous supplie de croire à sa petite affaire de « grand amour » qui se rabattrait sur l’horreur de sa propre complicité, n’est pas dupe de son implication. Godinas brille plus encore car plusieurs fois nous nous surprenons à vouloir pardonner à son personnage; par sa présence et son incarnation du texte elle déclenche en nous dans des fulgurances l’empathie, malgré notre dégoût. C’est terrible et sombrement resplendissant car la comédienne par son interprétation aiguisée nous le rappelle : ce sont des humains et rien d’autre qui ont fait cela à d’autres êtres humains.

Toute la Culture - David Rofé-Sarfati - 5/12/2018

La mise en scène de Jean-Claude Berutti est un chef d’œuvre. Splendide interprétation de Jeanine Godinas, qui creuse de façon poignante et imperturbable le fond des ténèbres, braque une lumière sans la moindre indulgence sur cette femme de... qui ne réussit pas à être femme à …part entière! Femme debout, qui aurait osé braver son mari et demander des comptes à la banalité du mal. Elle est au contraire, régulièrement abusée par les mensonges lénifiants du mari SS, commandant en chef des horreurs des camps d'extermination de Treblinka.

Arts et Lettres - Deashelle - 27/10/2017

Janine Godinas est magistrale dans ce récit signé Nicole Malinconi, mis en scène par Jean-Claude Berutti.
Sans avoir été écrit pour la scène, "Un grand amour" recèle une théâtralité incandescente à laquelle rend brillamment justice cette production, portée par une interprétation habitée d’intensité autant que de retenue, un condensé d'ambiguïté.

La Libre Belgique - Marie Baudet - 8/11/2017

Tant de couleurs en une heure dix! Une petite perle mise en scène. LA PREMIÈRE / RTBF

★★★★ - L’actrice démonte une fois de plus l’étendue de son talent. Un spectacle à recommander. DEMANDEZ LE PROGRAMME

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    « Alors j’ai continué à faire pour lui tout ce qu’une femme fait pour son mari ; je veux dire que je suis restée avec lui-même quand j’ai su pour Sobibor et pour Treblinka, parce que je l’ai cru quand il m’ a raconté ses histoires de travaux de construction qui était sa seule occupation là-bas, il disait, le seul motif pour lequel on l’y avait envoyé. »


    Un livre qui se lit d'un trait comme un alcool fort. Brûlant. - Monique Verdussen, La Libre Belgique, mars 2015 (article à lire ici)

    Avec la sobriété, l’économie et l’éthique que nous lui connaissons, Nicole Malinconi a écrit, osant creuser les profondeurs les plus sombres, un grand texte sur l’amour. Qui concernera, entre autre, toutes celles et ceux qui n’ont pas osé poser la question du choix (quelle qu’en soit la nature) à l’être aimé, par peur de le perdre. Et qui, un jour, trop tard, ont compris (ou pas) que c’était la question de l’amour même, cette question-là. - Michel Zumkir, Le Carnet et les Instants, mars 2015

    Une nouvelle très forte, très intelligente. Aussi forte et intelligente que Le tort du soldat d'Erri De Luca. Ce qui n'est pas peu dire. - Jean-Claude Van Troyen, Le Soir, juillet 2015

     

    « Après la mort de Franz Stangl, ex-commandant du camp d’extermination de Treblinka, arrêté au Brésil en 1967, incarcéré à la prison de Düsseldorf et condamné à la réclusion à perpétuité, Theresa Stangl, sa veuve, est restée dans leur maison de Sao Paulo où ils avaient vécu incognito durant seize ans avec leurs enfants.
    C’est là, juste après la mort de son mari, en 1971, qu’elle a reçu la visite de Gitta Sereny, journaliste.
    Gitta Sereny avait auparavant visité Franz Stangl, dans sa prison de Düsseldorf ; elle avait eu avec lui de longs entretiens ; elle est la dernière personne à l’avoir rencontré vivant, la seule à avoir parlé avec lui comme personne encore ne l’avait fait.
    Après cela, elle est donc allée au Brésil, rencontrer aussi Theresa Stangl, lui demander de parler de son mari, de leur vie, de ce qu’elle savait, elle, de Treblinka, et lui poser sa terrible question.»
    Nicole Malinconi, auteure

     

    « Un grand Amour » vous plonge immédiatement dans un climat d'horreur et de désolation.
    C’est toute une vie qui se joue dans à peine plus d’une heure sous vos yeux. A la suite d’une inopportune visite une femme âgée doit enfin regarder en face ce qu’elle n’a pas voulu voir, ou ce qu’elle a ignoré tout en le sachant : que son mari tant aimé a travaillé à l'extermination humaine en direct et qu'il en a même été un rouage essentiel.
    Cette vieille femme a été, par négligence ou omission, complice d'un génocide. Et après l'avoir trop longtemps nié, les images terribles reviennent en trombe, jusqu'à lui faire perdre le sens commun.
    C’est déjà beaucoup, mais cela ne serait rien si la visiteuse inopportune ne provoquait une réaction à double détente. Après avoir reconnue la responsabilité (et en avoir pris sa part), Theresa Stangl se rétracte et vient le dire sur le devant du théâtre, droit dans les yeux, dans une franchise et un dessillement du regard comme on ne peut en avoir qu’une fois dans sa vie.
    A cette vieille femme, qui a vécu exactement ce qu'elle décrit et revit dans le détail et a en effet tardivement reconnu la faute de son mari, Nicole Malinconi offre un monologue comme une torche vive qui nait, grandit et s’enflamme. Et cette langue de feu, présentée par son auteure comme un récit, s’avère être un matériau théâtral de premier ordre, un buisson ardent de vérité!
    Jean-Claude Berutti, metteur en scène

     

    Jamais Nicole Malinconi ne s’exprime en ces termes de constat ou de devoir. Loin de toute généralité tout autant que de la référence précise au documentaire, elle adopte le seul discours qui vaille pour rendre compte d’une telle réalité, le littéraire. Laisser les mots advenir, comme elle le dit souvent, c’est sa démarche. Ces mots qui sont la seule résistance au silence, au manque, à l’incertitude. Ces mots entendus, perçus, selon elle, bruts le plus souvent, qui entraînent la pensée, mais qu’il faut pourtant guider. Non pas en les enserrant dans une syntaxe complexe, guindée qui ne leur conviendrait guère par ce qu’elle imposerait de loi, mais qu’elle laisse aller, dans des énumérations parfois litaniques et qui s’insèrent tout naturellement dans des suites de présentatifs : c’est… il y a…
    Mais qu’on ne s’y trompe pas, cette écriture aux allures si simples est le fruit d’une décantation rigoureuse, d’un travail qui dénude la langue jusqu’à l’os pour ensuite recréer une parole inouïe.

    Jeannine Paque, à propos du livre Elles quatre. Une adoption (éd. Esperluète, 2012), Le Carnet et les Instants, novembre 2012.

     



    « Après tout, ce n’était peut-être pas ma vérité ; je n’avais fait que supposer sa vérité à lui, mais lui n’était plus là ; lui nous avait aimées par-dessus tout, moi et les enfants, il l’avait dit ; il l’avait fait. Et moi, j’avais parlé à sa place. »


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