Himmelweg

de Juan Mayorga

Mise en scène: Jasmina Douieb
Un spectacle de la compagnie Entre Chiens et Loups - Coproduction Atelier 210
2 représentations ▪ 4 ▸ 5 septembre 2013

"Un des spectacles incontournables de l’année."
(Christian Jade - RTBF)

Il y a ce que l’on voit, ce que l’on veut bien voir et ce que, saturé d’images, on ne voit plus. Délégué du Comité International de la Croix-Rouge, Maurice Rossel s’était rendu , en juin 1944, dans la ville-ghetto de Terezin et avait conclu sa visite par un rapport utile aux nazis. Frappé par son aveuglement, Juan Mayorga éprouva le désir de porter à la scène cette expérience. "L’expérience d’un homme qui, voulant aider la victime, finit par coopérer avec le bourreau." Tournant autour du sinistre maquillage d’un camp de concentration en cité paisible, "Himmelweg" est une pièce exigeante qui nous émeut et nous fait réfléchir. A la difficulté de voir la vérité, à la manipulation des faibles et aux relations ambiguës entre le théâtre et la vie.

Un homme nous accueille, assis en bord de scène. Il nous emmène doucement dans un passé qui le tourmente, à l’époque où il était délégué du Comité International de la Croix-Rouge. Il nous raconte sa visite d'un ghetto soi-disant modèle imaginé par les nazis. Des enfants jouent à la toupie, des amoureux prennent l’air sur un banc, une jeune fille se baigne. Leur vie semble à l’image de ces quelques scènes, en apparence anodine.
Et si tout ceci n’était que mise en scène imaginée par les nazis, macabre artifice destiné au regard du délégué de la Croix-Rouge ?
En fait, il se contentera des images et des mots qu’on lui a donnés à entendre et à voir. Il n’aura pas été suffisamment fort pour se rendre compte que cet «Himmelweg», chemin du ciel, mène au four crématoire et non à l’infirmerie.
Nous allons assister à la mise en scène de cette terrible mascarade.
Un texte limpide qui nous plonge dans l’enfer de ce ghetto, mis en scène par les nazis pour camoufler le génocide juif.

Résumé complet

 


CREATEURS
AuteurJuan Mayorga 
Mise en scèneJasmina Douieb 
AssistanatLara Hubinont 
ScénographieRenata Gorka 
Son et imageSébastien Fernandez 
DramaturgieAna Rodriguez 
AVEC
Jean-Marc Delhausse 
Michelangelo Marchese 
Luc Van Grunderbeeck 
Un spectacle de la compagnie Entre Chiens et Loups - Coproduction Atelier 210
En collaboration avec le Rideau de Bruxelles

Interprétations remarquables de ces trois comédiens qui entrent à l'intérieur de leur personnage avec fermeté, violence, vérité. Un travail difficile qui peut être considéré comme de véritables performances.
Il en est de même pour Yasmina Douieb qui a travaillé avec acharnement, profondeur, talent, volonté et énergie qui lui sont propres à chacune de ses réalisations. On peut la considérer comme l'une de nos grandes metteures en scène.
Ce spectacle exceptionnel entreprend une tournée en Belgique, ne le manquez pas!

Les Feux de la Rampe - Roger Simons - 10/3/2013

N’y allons pas par quatre chemins : Himmelweg intrigue, fascine, dérange et, longtemps après, vous agrippe les méninges comme une sangsue.

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La farce sinistre de Terezin

N’y allons pas par quatre chemins : Himmelweg intrigue, fascine, dérange et, longtemps après, vous agrippe les méninges comme une sangsue.

Son point de départ ? Le camp tristement célèbre de Terezin et l'ignoble entreprise de mystification mise en point par les nazis. Plus précisément encore, l'auteur espagnol Juan Mayorga s'est inspiré de Maurice Rossel, Suisse envoyé à Berlin pendant la Seconde Guerre mondiale comme délégué de la Croix-Rouge pour inspecter les camps de prisonniers de guerre. Il visita Auschwitz mais aussi le "ghetto modèle" de Terezin en juin 1944 et fit un rapport approbateur. Comment les nazis ont-ils pu faire croire qu'un camp de concentration de Tchécoslovaquie était une cité heureuse ? Comment ce délégué de la Croix-Rouge ne s'est-il pas suicidé en découvrant la supercherie dont il avait été l'involontaire complice ? Ce sont ces questions qui ont nourri Juan Mayorga.

"Himmelweg" ("chemin du ciel" en allemand, du nom que l'on donnait aux rampes menant des trains aux fours crématoires) met en scène trois personnages. Le délégué de la Croix-Rouge (Jean-Marc Delhausse), qui retourne dans sa tête la visite de la ville ghetto déguisée en colonie de repeuplement juif, sa place paisible, ses enfants jouant à la toupie, son maire au sourire impassible qui parle de l'histoire d'une horloge centenaire. Il attendait un appel au secours mais ne repartit qu'avec une vague impression de raideur dans les gestes de ces gens.

Avec l'arrivée du commandant (formidable et glaçant Michelangelo Marchese), c'est l'incroyable mensonge, mis en scène telle une pièce de théâtre pour démentir les soupçons sur les pratiques exterminatrices des nazis, qui se dévoile. Dans son bureau, le commandant se prend pour un dramaturge, citant Aristote ou Spinoza, et convoque Gottfried (Luc Van Grunderbeeck), représentant juif du camp, pour composer avec lui sa farce macabre. On assiste alors aux coulisses des répétitions du camp idyllique, destiné à être joué par les pensionnaires eux-mêmes.

On oscille entre le comique ridicule des prétentions théâtrales chez le nazi et les dilemmes insoutenables du Juif, obligé, pour sauver une partie de sa communauté, d'entrer dans ce jeu pervers. Son application résignée, alors qu'au dehors sifflent les trains de la mort, est déchirante. "Si on joue bien, on reverra Maman dans un de ces trains", dit-il à une petite fille, nous broyant définitivement le coeur.

La mise en scène de Jasmina Douieb décortique habilement le texte de Mayorga, accentuant la mise en abyme par le biais de vidéos, à l'ambiance mystérieuse, laissant deviner les scènes du sinistre scénario.

Le Soir - Catherine Makereel - 14 novembre 2011

Le Soir - Catherine Makereel - 14 novembre 2011

"Comment c’était avant mon arrivée ? Comment ce sera après mon départ ?" Il doute, l’homme envoyé là pour être "les yeux du monde". Et qui voit ce qu’on lui donne à voir. Une construction, une mise en scène. Il doute mais pas au point de fouiller au-delà des apparences. Il voit, il rencontre, il photographie comme on l’y invite le couple sur un banc, les gamins et leur toupie, la petite fille et sa poupée au bord de l’eau, l’horloge de la gare. Il rédige son rapport à la Croix-Rouge. Et chaque nuit sa mémoire le récrit. Conditions sanitaires correctes, nourriture simple mais suffisante…

La Libre Belgique - Marie Baudet - 10/02/2011

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