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Jalousie en trois mails (2011)

de Esther Vilar

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Garces et fières de l’être


Helen, Yana et Iris habitent à 3 étages différents du même immeuble.
À part peut-être un regard échangé et un hochement poli dans l’ascenseur, elles ne se connaissent pas.
Le destin et les vagabondages d’un mari volage les transformeront en rivales, sortes de concubines d’un sultan en proie au démon de midi.

Telle l’Arlésienne, jamais on ne verra Lazlo, objet de tant de convoitises.
On apprendra ses changements de domicile et l’évolution de ses amours par les mails que vont s’envoyer ses femmes.
Helen (Rosalia Cuevas) l’épouse légitime sera ainsi avertie de son cocufiage par Yana (Cloé Xhauflaire).
Un échange de courriers fielleux s’en suivra jusqu’au jour où la première, la délaissée, aura le délectable plaisir d’annoncer à sa cadette qu’une jeunette, Iris (Carole Weyers) bénéficie dorénavant des faveurs sexuelles du séducteur et que désormais Yana aussi fait partie des abandonnées, des vieilles laissées pour compte.

Tragi-comédie épistolaire, si la pièce explore l’amour et la jalousie et leurs impacts psychologiques, tout son sel réside dans la causticité, faussement ouatée, mais férocement vitriolée du propos.
Même si l’on sait pertinemment que les femmes entre elles ne s’épargnent guère, on ne peut que se délecter de dialogues qui manient tout à la fois l’onctueuse admiration parfaitement mensongère, la compassion sirupeuse totalement simulée et l’insinuation d’une perfidie odieusement cruelle. Écrit, il y a une dizaine d’années, le texte d’Esther Vilar a été légèrement modernisé, le fax a été remplacé par l’e-mail.
Mais le pouvoir insidieux de ces messages, qui viennent subrepticement envahir votre vie privée et la détruire, gagne en réalisme et en ravageuse efficacité par rapport à une machine crachotant son papier.

Portrait de la femme dans toute sa splendeur outragée, Jalousie en trois mails expose ses côtés les plus pervers et revanchards.
La particularité de la pièce est que chacune évolue dans son petit univers et ne croisera jamais ses rivales.
Inévitablement, ce postulat de départ crée une certaine impression de statisme (difficile de faire beaucoup de déplacements dans une surface restreinte & d’instaurer une sensation de renouveau).
Paradoxalement, l’impact des mots s’amplifie et permet de savourer tout le fiel de ces affrontements verbaux et moralement drôlement sanglants tout en laissant sourdre un sentiment de distanciation avec les trois viragos.
Mais dans le même temps, nous faisons une incursion dans l’intimité de ses dulcinées, nous violons leurs secrets, nous lisons leurs pensées, ce qui n’est pas sans titiller notre penchant inné au voyeurisme.
Et ne nous voilons pas la face, on aime ça !
Alors, voir trois femmes se crêper virtuellement le chignon, c’est un petit régal.
Cependant, loin de la caricature des crêpages de cheveux, morsures, griffures et autres roulades dans la boue généralement typiques des combats féminins, ici tout passe par les mots.

La scénographie de Francesco Déléo a conçu trois cocons, trois terrains de chasse, trois arènes où ces dames fourbissent leurs armes verbales, aiguisent les verbes, trempent dans l’acide les pronoms ou empoisonnent à l'arsenic le moindre complément.
L’efficace mise en scène de Daniel Hanssens arbitre habilement cette guerre sans merci.
Tel un dompteur devant des panthères vénéneuses, il les dresse efficacement les unes contre les autres dans une féroce mise à mort des sentiments.

Si les femmes se reconnaitront assez facilement dans ces garces jalouses (même si le trait est parfois légèrement forcé) et en savoureront tout le fiel, la gent masculine y découvrira peut-être tout ce qui peut se cacher derrière un sourire enjôleur.

Plaisir d'offrir - 10/3/2010 - Muriel Hublet

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