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L'événement culturel de l'été à Bruxelles!    

My Fair Lady

de Lerner & Loewe

Mise en scène: Jack Cooper et Simon Paco - Une coproduction de Bulles Production, Cooper Production et La Comédie de Bruxelles - 25 représentations ▪ du 11 juillet au 7 septembre 2019

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Presse - Article complet


"My Fair Lady", de Broadway à Molenbeek




"Mais enfin! Qu’est-ce que j’ai fait de mes pantoufles?" s’exclame le professeur de phonétique Henry Higgins, chemise blanche et costume queue-de-pie noir, en descendant un long escalier installé côté jardin de la scène. "Les voilà!", les lui jette au visage, fâchée, son élève Eliza Doolittle, cheveux relevés, vêtue d’une élégante robe longue couleur crème rehaussée d’une parure de bijoux scintillants. […] "OK ! À présent, pour tout le monde, nous allons reprendre à la fin de la chanson de Freddy", prévient Jack Cooper, cometteur en scène. De nouvelles notes de piano se mettent à résonner…

Plus de 160 costumes différents
Voici déjà plusieurs semaines que Franck Vincent et Marina Pangos, les interprètes des deux rôles principaux, répètent avec une vingtaine d’autres artistes la célèbre comédie musicale My Fair Lady dans la cour du château du Karreveld à Molenbeek-Saint-Jean, à l’occasion du festival d’été Bruxellons ! Sous un ciel azur hachuré de quelques cumulus, Jack Cooper et son complice Simon Paco ont pris place, à l’ombre d’un grand parasol planté au milieu des gradins, aux côtés du chorégraphe Kylian Campbell et de la régie. Ensemble, ils observent, commentent, corrigent et soignent les moindres détails de la mise en scène. "En ce moment, le stress commence à monter, confie Marina Pangos. Donc, on a besoin de régler les détails, car j’ai beaucoup de changements rapides aussi - je change de costume une dizaine de fois (NdlR : il y a en tout plus de 160 costumes) . Derrière le plateau, il y a une véritable chorégraphie : tu passes par là, tu poses ça là, je récupère ça, tu attaches ça, je tiens ça… Nous avons eu des services de répétition entièrement dédiés à la technique pour savoir exactement qui sort où, comment et avec quoi. C’est très fastidieux." À quelques jours de l’avant-première, le 11 juillet, il importe donc de "refaire les choses encore et encore pour qu’on se sente de plus en plus à l’aise et que la chorégraphie derrière le plateau prenne pour que ce soit un spectacle fluide et léger pour tout le monde, poursuit la jeune comédienne. On est prêts, on pourrait jouer, mais cette semaine va être très agréable pour trouver notre confort. Et puis, entre comédiens, on va continuer à trouver et développer des choses ; ce n’est jamais fini et c’est ça qu’on aime."

Après La Mélodie du bonheur, Evita et Sunset Boulevard, les directeurs de Bruxellons ! - Olivier Moerens, Jack Cooper et Daniel Hanssens - s’attaquent cet été, et pour les vingt ans du festival, à un monument de la comédie musicale anglo-saxonne. Créée au Mark Hellinger Theatre de Broadway le 15 mars 1956, sur la base de la pièce de théâtre Pygmalion (1914) de George Bernard Shaw, My Fair Lady est chorégraphiée par Hanya Holm sur des paroles et livret d’Alan Jay Lerner et la musique de Frederick Loewe. Interprétée par Julie Andrews et Rex Harrison, elle remporte un immense succès et sera portée au grand écran en 1964 par le cinéaste George Cukor avec Rex Harrison et Audrey Hepburn - préférée à Julie Andrews alors encore inconnue dans le milieu du cinéma.

"Ce spectacle est un peu un spectacle anniversaire, explique Jack Cooper. Il correspond à ce que le festival Bruxellons! a toujours voulu faire, c’est-à-dire du théâtre ou des spectacles de qualité pour le plus grand nombre. Après Sunset Boulevard qui était un peu plus noir, nous voulions monter un spectacle un peu à l’opposé : un grand classique avec une belle grande distribution - 27 comédiens, 12 musiciens et une douzaine de créatifs (metteurs en scène, scénographe, directeur son…) -, un grand décor, des costumes d’époque et que ce soit un spectacle familial, intelligent et avec un message." Si le spectacle est ancré dans le Londres très socialement hiérarchisé du début du XXe siècle, il n’en demeure pas moins éminemment contemporain. "Si Shakespeare, Molière ou George Bernard Shaw résistent si bien au temps, c’est que le propos est intemporel, assure Simon Paco. Le fait qu’Eliza Doolittle ait un accent et que cela l’empêche de s’émanciper à 100 %, cela arrive encore aujourd’hui. C’est ce que Bourdieu appelle le racisme de classe. Nous n’avons donc pas eu besoin d’adapter l’œuvre originale." Marina Pangos confirme : "Le rôle d’Eliza Doolittle est absolument magnifique parce qu’à travers les générations, il reste d’actualité : il parle de féminisme, d’indépendance, de force de la femme, de couches sociales. C’est un personnage très fort." Et d’ajouter : "J’ai grandi avec les films de Julie Andrews et Audrey Hepburn. C’est donc toujours une part de rêve qui se réalise quand on vous offre un tel rôle. Mais c’est aussi délicat de s’y frotter car Julie Andrews et Audrey Hepburn appartiennent à l’inconscient collectif."

Un accent créé de toutes pièces
"Beaucoup de gens connaissent My Fair Lady pour avoir vu le film avec Audrey Hepburn, abonde Jack Cooper. Donc, nous devions pouvoir y mettre notre patte tout en respectant l’œuvre originale puisqu’il n’y a pas de raison de la transformer." Écrite en anglais, la trame originale de My Fair Lady repose en grande partie sur des subtilités linguistiques, où l’accent s’apparente à un signe distinctif de classe sociale. Un exercice extrêmement compliqué à rendre dans la langue de Molière, le spectacle étant joué en français. "Nous avons opéré un très gros travail de retraduction, détaille Simon Paco. Nous sommes partis de la version anglaise avec Stéphane Laporte, avec qui nous avions déjà cotraduit Sunset Boulevard l ’année dernière. Nous sommes passés par plusieurs phases de réflexion et nous avons décidé de maintenir l’histoire en Angleterre. Nous avons donc retravaillé toute l’œuvre avec différents exercices. Par exemple, l’exercice du "h", qui ne se prononce jamais en français, contrairement à l’anglais. Puis, avec tout ça, on a créé un accent de toutes pièces à Eliza Doolittle." Il aura fallu plus de deux mois de travail à Marina Pangos pour acquérir cet accent inédit. "J’avais quelques indications des metteurs en scène qui ne voulaient pas que l’accent d’Eliza Doolittle ressemble à un accent connu, se souvient-elle. Il fallait que je m’inspire d’un mélange d’accents, un peu d’auvergnat, un peu de liégeois… Je devais fabriquer mon propre accent. Cela a été assez compliqué de tout distordre et de ne pas tomber dans le piège d’un seul accent. Mais, au fil des répétitions, mon accent s’est affiné et je crois que c’est assez crédible…"

Stéphanie Brocart - La Libre - 11 juillet 2019

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