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L'événement culturel de l'été à Bruxelles!    

Les palmes de Monsieur Schutz

De Jean-Noël Fenwick

Mise en scène de Daniel Hanssens - Une production de la Comédie de Bruxelles - 4 représentations ▪ 24 juillet ▸ 31 juillet 2016

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Les Joliot-Curie - La génération suivante


Jean-Frédéric Joliot est né le 19 mars 1900, à Paris, dans une famille alsacienne protestante ; son père était un commerçant aisé. Il avait deux soeurs et un frère, tous trois ces aînés.

Frédéric était un enfant vif et impulsif. Après l'école primaire, il entra au lycée Lakanal, à Sceaux, puis à l'école Lavoisier, à Paris. Elève moyen dans le secondaire, surtout brillant en gymnastique, il ne s'intéressa à la physique et à la chimie qu'au moment du baccalauréat.

Comme un certain nombre de jeunes gens, il s'était construit, dans le cabinet de toilette de l'appartement familial, un petit laboratoire et il avait orné les murs de photographies des savants qu'il admirait. On pouvait y voir une gravure de Pierre et Marie Curie devant leurs instruments de mesure, à une époque où il était bien loin de se douter qu'il deviendrait à son tour un physicien et qu'il épouserait l'une des filles des deux savants..

Henri, le frère de Frédéric, alors âgé de 25 ans, fut mobilisé en 1914, et tué dès les premiers jours de la guerre. Ce drame marqua profondément Frédéric Joliot.

La rencontre avec Marie…
Frédéric prépara le concours d'entrée à l'Ecole de physique et chimie où Pierre Curie avait enseigné et où les Curie avaient découvert le polonium et le radium. Paul Langevin en était alors le directeur des études. Frédéric est reçu en 1919, mais la maladie l'obligea aussitôt à interrompre ses études. Il les reprit l'année suivante, et eut pour camarade de promotion Pierre Biquard, qui deviendra son meilleur ami. Il choisit d'abord l'option chimie, puis, à la dernière minute, il opta pour la physique, ce qui fit dire à Gustave Bémont, celui qui, avec les Curie, isola le radium : " voici le physicien deuxième cuvée " (Pierre Biquard). Il sortit de l'Ecole major de sa promotion et effectua un stage dans une aciérie du Luxembourg. Il partit pour le service militaire et, peu avant la fin de son temps, il fut présenté, par Paul Langevin, à Marie Curie qui l'engagea immédiatement comme préparateur particulier à l'Institut du Radium, en décembre 1924.

Tout en travaillant au laboratoire, Joliot obtint une bourse Rothschild et passa les certificats de licence es sciences. Il décida de préparer une thèse de doctorat sur l'étude électrochimique des radioéléments, thèse qu'il soutiendra en 1930. Sa bourse s'avérant insuffisante pour vivre, il donna des cours de mesures électriques, à l'Ecole d'électricité industrielle Charliat.

… et Irène
Le premier travail où l'on trouve associés les noms de Frédéric et d'Irène fut publié en 1928, dans une note aux comptes rendus de l'Académie des sciences, sur le nombre d'ions produits par les rayons alpha du polonium. Les deux jeunes chercheurs étaient mariés depuis le 4 octobre 1926.
Irène Curie, fille aînée de Pierre et Marie Curie, est née le 12 septembre 1897, à Paris. Après deux années d'études dans la coopérative d'enseignement que sa mère et d'autres professeurs d'Université, comme Paul Langevin, Jean Perrin et M. Mouton avaient créée pour leurs enfants, elle prépare le baccalauréat au collège Sévigné et entreprend, pendant la Première Guerre Mondiale, une licence ès sciences physiques, tout en prodiguant des soins aux blessés, aux côtés de sa mère, comme infirmière radiologiste. Cette activité, menée sans précautions contre les rayons X, a pour conséquence la dégradation continue de son état de santé, quelques années plus tard.

Dès 1919, elle occupe les fonctions d'assistante auprès de sa mère à l'Institut du Radium. Irène conçoit un élec-troscope à feuilles d'or pour mesurer la radioactivité des engrais. Puis elle se consacre à la recherche fondamentale et prépare une thèse sur les rayons alpha du polonium, qu'elle soutient en 1925. C'est aussitôt après sa soutenance, qu' elle commence à travailler avec Frédéric Joliot.

Jeune fille timide, sans coquetterie, imperturbablement calme et d'une grande simplicité, d'un abord distant en apparence, elle sut plaire par son intelligence et sa sensibilité au jeune physicien dont les qualités de séduction étaient nombreuses : intelligent, chaleureux, brillant, fin causeur. Ils partagèrent leur goût pour les sports, la natation, le tennis, le ski, mais aussi leur passion pour la recherche scientifique. Ils étaient complémentaires : autant l'une se liait relativement peu avec autrui, autant l'autre était doué pour les contacts ; autant l'une paraissait calme et sereine, autant l'autre se montrait enthousiaste et impulsif.

Ils eurent deux enfants, Hélène, née en 1927, et Pierre, en 1932.

Ils effectuèrent plusieurs de leurs travaux communs avec ce merveilleux instrument qu'est la chambre de Wilson, et Frédéric, particulièrement doué de ses mains, en conçut et mit au point un nouveau modèle à pression variable. Puis commença la période particulièrement fructueuse de leur collaboration. Grâce aux sources intenses de polonium qu'ils avaient préparées, ils étudièrent le rayonnement pénétrant qui devait aboutir à la découverte du neutron par Chadwick.

La découverte de la radioactivité artificielle
Le 15 janvier 1934, les comptes-rendus de l'Académie des sciences publient leur travail sur la découverte de la radioactivité artificielle. L'adjectif " artificiel " ne plaisait pas aux Joliot qui insistaient toujours pour dire que la radioactivité qu'ils avaient obtenue était identique à la radioactivité naturelle et que, seule, la production des isotopes radioactifs était artificielle.

◂ Irène et Frédéric Joliot-Curie, laboratoire de physique à l'Institut du Radium, 1932.

Un peu plus d'un an près la mort de Marie Curie, en décembre 1935, le jeune couple fut lauréat du prix Nobel, la même année que James Chadwick, pour la synthèse de nou-veaux éléments radioactifs.

En 1936, Irène accepta, dans le gouvernement du Front populaire, présidé par Léon Blum, de créer le sous-secrétariat d'Etat à la Recherche scien-tifique dont elle ne voudra occuper la charge que pendant quelques mois, avant de trans-mettre le flambeau à Jean Perrin.

Quant à Frédéric, il fut nommé, en 1937, professeur au Collège de France. Sa nomination était assortie de l'attribution d'un laboratoire et de crédits spéciaux pour construire un des premiers cyclotrons d'Europe. Pour développer en France la construction d'accélérateurs, il constitua le laboratoire de synthèse atomique d'Ivry.

Irène devint professeur à la Faculté des sciences de Paris, en 1937. Au laboratoire Curie, dont le directeur était alors André Debierne, un ancien collaborateur de Marie Curie, qui avait découvert l'actinium, elle poursuivit ses recherches. Avec Pavlé Savitch, elle s'efforça de résoudre l'énigme des transuraniens.

A la suite de la découverte de la fission par Otto Hahn et Fritz Strassman, F. Joliot imagina, en janvier 1939, avec une rare rapidité d'esprit, une expérience apportant une preuve physique de la rupture des noyaux d'uranium.

Avec ses collaborateurs, Hans von Halban junior, Lew Kowarski ainsi que Francis Perrin (le fils de Jean Perrin), il démontrera la possibilité de réaliser une réaction en chaîne divergente susceptible de libérer de l'énergie utilisable. Ces travaux firent l'objet , le 30 octobre 1939, d'un pli cacheté déposé à l'Académie des sciences, avec Halban et Kowarski. La guerre avait, en effet, débuté le 3 septembre 1939, et les conditions de la recherche atomique s'en trouvaient bouleversées.

La bataille de l'eau lourde
Sur la proposition de Frédéric Joliot, mobilisé comme capitaine d'artillerie, le ministre de l'Armement, Raoul Dautry, envoie une mission, en Norvège, pour acquérir le stock mondial d'eau lourde (185 kilos), quelques semaines avant la conquête de la France par les Allemands. Henri Moureu transporta les précieux bidons à Clermont-Ferrand, dans la chambre forte de la Banque de France où ils furent enregistrés sous le nom de produit Z. Les Joliot se rendirent dans la capitale de l'Auvergne pour y installer un laboratoire mais l'armée allemande poursuivait son avance au cœur de la France ; le produit dut être évacué à Riom, à la Maison centrale, dans la cellule des criminels dangereux. Il n'y fut entreposé que peu de temps. L'ennemi approchait. Le 18 juin, à la demande de F. Joliot, Halban et Kowarski s'embarquèrent avec l'eau lourde, à bord du Broompark, à destination de l'Angleterre. Joliot décida de rester en France. Halban et Kowarski devaient poursuivre leurs recherches en Angleterre puis au Canada.

Le laboratoire du Collège de France fut occupé par les Allemands ; fort heureusement, le physicien allemand, W. Gentner, qui avait déjà travaillé avec les Joliot à l'Institut du Radium, se proposa, avec l'accord secret de F. Joliot, pour en assurer le contrôle, et il réussit à le protéger.

Un militant
F. Joliot milita très tôt dans la Résistance. En 1941, il devint président du Front national. Il s'était inscrit au parti socialiste SFIO en 1934. Pendant l'Occupation, il adhéra au parti communiste français.

Irène, atteinte de tuberculose, fit de fréquents séjours dans des sanatoria des Alpes. En juin 1944, elle parvint à passer la frontière avec ses enfants, Hélène et Pierre, et à se réfugier en Suisse, tandis que Frédéric, traqué par la Gestapo, entrait dans la clandestinité, sous le nom de Jean-Pierre Caumont.

Auparavant, en 1943, F. Joliot avait été élu membre de l'Académie des sciences et de l'Académie de médecine. Il participa au Collège de France à des études de biophysique utilisant des indicateurs radioactifs.

Dès la libération de Paris, F. Joliot réorganise et dirige le Centre national de la recherche scientifique (CNRS).

Sur la proposition de F. Joliot, le général de Gaulle créa le commissariat à l'Energie atomique (CEA); le savant en devint tout naturellement le premier haut-commissaire, tandis que Raoul Dautry était nommé administrateur général. Le premier comité de l'énergie atomique du CEA comprenait : le président du gouvernement provisoire, Frédéric Joliot, Raoul Dautry, le général Dassault, Irène Joliot-Curie, Pierre Auger et Francis Perrin.

Le plan du comité scientifique du CEA prévoyait trois étapes : d'abord la construction d'une pile à uranium naturel et à eau lourde ; ensuite, la construction de deux autres piles de moyenne puissance ainsi que celle d'un grand centre d'études nucléaires ; enfin, dans un avenir plus lointain, la construction d'une importante centrale de production d'énergie.

La première pile atomique
Le 15 décembre 1948, à 12h 12, la pile ZOE (nom proposé par Kowarski : Z comme zéro, la puissance de la pile étant très petite, O comme oxyde d'uranium et E comme eau lourde) divergeait, au fort de Châtillon. C'était un grand succès pour la France, après tant d'années sans recherche nucléaire.

La seconde étape concernant la construction d'un grand centre d'études nucléaires fut également menée rondement : une seconde pile fut mise en chantier, à Saclay près de Paris, ainsi que deux accélérateurs de particules.

En 1949, F. Joliot devint, à sa création, le président du Conseil mondial de la paix. Profondément marqué, dès 1945, par l'utilisation de la bombe atomique sur le Japon, il lança, en mars 1950, " l'appel de Stockholm " pour l'interdiction de l'arme atomique, qui recueillit des millions de signatures.

Le 19 mars 1950, Joliot fête ses 50 ans. Le 29 avril, il est révoqué -en pleine guerre froide- pour raisons politiques : désaccord avec le gouvernement de Georges Bidault sur l'utilisation de l'énergie atomique. Francis Perrin prendra sa succession.

Irène, qui avait succédé à André Debierne, à la tête du laboratoire Curie de l'Institut du radium, en 1946, quittera peu après le CEA.

Les moyens de travail des laboratoires du Collège de France et de l'Institut du radium furent affectés par cette nouvelle situation.

Mais, en 1955, I. Joliot obtint la création d'un nouveau laboratoire moderne, à Orsay, qui devait être doté d'un synchrocyclotron.

Irène meurt le 17 mars 1956, à l'hôpital Curie, d'une leucémie subaiguë, consécutive à ses travaux.

La mort d'Irène affectera beaucoup Frédéric Joliot, en mauvaise santé, lui aussi, depuis plusieurs années. Il avait suivi la maladie de sa femme et la sienne propre, objectivement, d'une manière scientifique. Dans sa maison de Sceaux, il avait installé un petit atelier, et il s'était également mis à peindre. A la mort d'Irène, il fut amené à succéder à sa femme à la tête du laboratoire Curie.

Il consacra les deux dernières années de sa vie à mettre sur pied le nouveau laboratoire de physique nucléaire, à Orsay, non loin de Saclay, où fut transféré le cyclotron du Collège de France. Il assista à la mise en route du synchrocyclotron de 156 MeV, mais il n'eut pas le temps de voir l'extraction de son faisceau. Il mourut le 14 août 1958.

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